Céant conteste frontalement la médiation de Monseigneur Dumas
Dans une lettre datée du 11 janvier 2026, adressée à Monseigneur Pierre André Dumas, évêque du diocèse de l’Anse-à-Veau et de Miragoâne, l’ancien Premier ministre Jean Henry Céant exprime une opposition ferme à la proposition du prélat de se poser en médiateur dans la crise politique actuelle. Une prise de position lourde de sens, à la croisée de la foi, de la politique et de la légitimité institutionnelle.
Une initiative qui heurte le croyant autant que l’homme d’État
Catholique pratiquant et ancien conseiller économique de l’Église catholique, Jean Henry Céant dit avoir accueilli avec « stupéfaction, tristesse et désarroi » la démarche de Monseigneur Dumas, qui a adressé une correspondance au coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Laurent St-Cyr, pour se proposer comme médiateur.
Pour l’ancien chef du gouvernement, cette initiative dépasse le cadre pastoral et engage dangereusement l’Église dans une arène politique déjà marquée par la méfiance, les fractures et une profonde crise de légitimité.
Le rappel d’un passé encore douloureux
Dans sa lettre, Jean Henry Céant revient sur l’épisode du 9 mars 2024, au cours duquel Monseigneur Dumas avait cosigné un document condamnant des compatriotes qualifiés de « dits sanctionnés ». Un acte qui, selon lui, a laissé une blessure durable au sein de la communauté ecclésiale et entamé la relation de confiance avec une partie des fidèles.
Ce précédent, estime-t-il, affaiblit aujourd’hui la crédibilité du prélat pour incarner la neutralité exigée dans toute médiation sérieuse et apaisante.
Une médiation jugée inopportune
Jean Henry Céant précise qu’il ne conteste pas le principe même de la médiation, qu’il considère nécessaire dans toute société en crise. Ce qu’il remet en cause, c’est le choix du médiateur dans le contexte actuel.
À ses yeux, Monseigneur Dumas apparaît désormais comme une partie prenante, ce qui rend difficile l’exercice d’une médiation fondée sur la distance, l’élévation morale et l’impartialité.
Un appel clair aux membres du CPT
L’ancien Premier ministre appelle les autres membres du Conseil Présidentiel de Transition à rejeter cette proposition de médiation, qu’il juge excluante et incapable, en l’état, de conduire à une solution juste, inclusive et durable à la crise.
Il met en garde contre toute décision précipitée, susceptible d’aggraver la fracture institutionnelle et de fragiliser davantage la crédibilité de l’État.
« Le rôle du pasteur, non celui de l’arbitre politique »
En conclusion, Jean Henry Céant invite Monseigneur Pierre André Dumas à revenir à sa mission première : celle du pasteur, de l’homme de prière, de conscience et d’humilité. Il évoque la nécessité du retrait, de la repentance et de la quête du pardon comme voies de réconciliation avec le peuple de Dieu.
Affirmant s’exprimer sans haine mais avec conviction, il dit vouloir préserver à la fois la foi du peuple haïtien et ce qui subsiste de crédibilité institutionnelle dans un pays à la croisée des chemins.
Cette lettre relance le débat sur le rôle de l’Église dans la crise haïtienne et souligne la fragilité de l’équilibre entre foi et pouvoir.

