COAP ONA accuse Ronald Bazile et ONA : des assurés dénoncent l’entrée de l’Office dans le commerce pétrolier et réclament une enquête

Port au Prince, 13 mars 2026
Le collectif de retraités et de cotisants a sonné l’alerte. Le COAP ONA a adressé, le 13 mars 2026, plusieurs courriers aux plus hautes autorités du pays pour dénoncer la décision de l’office de se lancer dans la création et l’exploitation de stations service. Selon le collectif, cette orientation stratégique mettrait en péril la vocation sociale de l’institution et exposerait les fonds de retraite à des risques incompatibles avec leur protection.
Dans des lettres détaillées, dont nous avons obtenu copie, le collectif avance plusieurs griefs : sortie de l’objet social de l’institution, absence de base juridique pour une telle opération, risque de détournement des cotisations et pratiques de gouvernance discutables liées à la direction actuelle. À la tête de ces critiques figure la décision prise par Ronald Bazile que les auteurs des courriers mettent en cause pour avoir lancé le projet de stations service au nom de l’office.
« Il s’agit d’un changement de cap inacceptable », écrit Josias Charles, signataire des correspondances, en qualifiant l’opération de contraire à la loi et aux principes fondamentaux qui régissent l’institution. Le collectif affirme disposer de documents et de témoignages attestant, selon lui, d’irrégularités dans des dossiers de location immobilière, de nominations opérées sans observance des procédures réglementaires et de retards de paiement de pensions à l’égard de retraités.
Les lettres adressées au ministre des Affaires sociales et du Travail et à la Primature réclament la constitution d’une commission d’enquête indépendante et la suspension de toute opération commerciale en attente des conclusions. Le collectif demande en outre des mesures conservatoires pour protéger les fonds et la transparence sur les modalités de financement du projet.
Sur le plan juridique, les contestataires rappellent que l’office a été créé par la loi du 28 août 1967 pour gérer les cotisations et garantir les pensions. L’exploitation directe d’une activité commerciale à risque comme le commerce du carburant sortirait du cadre légal et de la spécialité d’une institution publique de protection sociale. Le collectif estime que l’usage de fonds dédiés à la retraite pour financer des opérations commerciales volatiles constitue un risque inacceptable pour la sécurité sociale des travailleurs.
Par ailleurs, les courriers évoquent des pratiques de gouvernance qui, selon les signataires, méritent vérification : nominations et révocations de cadres sans respect des procédures, recours à du personnel non assermenté pour des missions d’inspection ou de perception et dossiers immobiliers entachés d’irrégularités. Les auteurs se disent prêts à transmettre pièces et témoignages à toute mission d’enquête mandatée par les autorités.
À ce stade, aucune réponse officielle détaillée de la direction de l’office ou des autorités n’a été rendue publique. Les autorités contactées disposent désormais d’un délai pour clarifier la situation et, le cas échéant, ordonner l’audit ou l’enquête demandée par les assurés.
Pour les assurés et les pensionnés, l’enjeu est simple : la préservation des réserves de retraite et la transparence de leur gestion. Le collectif menace de porter le dossier devant les juridictions compétentes si l’examen demandé n’est pas diligenté dans les délais.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement et de la direction de l’office. Les prochaines semaines diront si les autorités lanceront l’enquête réclamée ou s’il sera possible d’apporter des éléments de clarification susceptibles d’apaiser les craintes des cotisants.

