Crise haïtienne : Jacques Lauture met en garde contre des élections sans réforme constitutionnelle
Alors que le débat sur l’organisation des prochaines élections s’intensifie en Haïti, le sociologue et diplomate Jacques Lauture appelle à une remise en question fondamentale des priorités nationales. Pour lui, la tenue de scrutins dans les conditions actuelles risquerait davantage d’aggraver la crise que de la résoudre.
Intervenant sur la situation politique du pays, il estime que l’empressement de certains acteurs à organiser des élections traduit une vision à court terme, déconnectée des réalités structurelles. Selon Jacques Lauture, « la crise haïtienne ne peut être réglée par un simple retour aux urnes », tant que les fondements institutionnels restent fragiles.
Au cœur de son analyse se trouve la question constitutionnelle. Le diplomate soutient que la Constitution de 1987, bien qu’historique, montre aujourd’hui ses limites face aux défis contemporains. Il évoque notamment les blocages institutionnels récurrents, les tensions entre les pouvoirs de l’État et l’instabilité politique chronique qui en découle.
Dans cette optique, Jacques Lauture défend l’idée d’une réforme en profondeur, qu’il considère comme une condition préalable à toute relance démocratique. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple ajustement juridique, mais d’une refondation visant à mieux aligner l’État avec les réalités sociales du pays.
Le sociologue s’inscrit ainsi dans une tradition de pensée critique portée notamment par Michel-Rolph Trouillot et Jean Casimir, qui ont tous deux souligné le décalage historique entre l’État haïtien et la société. Une rupture qu’il juge nécessaire de corriger pour espérer une stabilité durable.
Par ailleurs, Jacques Lauture attire l’attention sur un autre facteur déterminant : l’insécurité. Il estime que les conditions actuelles ne permettent pas l’organisation d’élections crédibles, évoquant les capacités limitées de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti à garantir un climat apaisé sur l’ensemble du territoire.
Dans ce contexte, maintenir un calendrier électoral rigide pourrait, selon lui, produire des résultats contestés et fragiliser davantage la légitimité des institutions. Il plaide ainsi pour une approche plus réaliste, prenant en compte les contraintes sécuritaires et institutionnelles.
S’adressant indirectement aux autorités en place, notamment au gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, il appelle à un sursaut de responsabilité. La priorité, selon lui, doit être donnée à la construction d’un consensus national autour d’une réforme constitutionnelle inclusive.
Pour Jacques Lauture, la question n’est donc pas de rejeter les élections, mais de leur redonner du sens. Sans un cadre institutionnel solide, prévient-il, elles risquent de se transformer en un exercice formel, incapable de répondre aux attentes profondes de la population.
À ses yeux, Haïti fait face à un choix déterminant : poursuivre dans une logique d’urgence politique ou engager une transformation en profondeur de ses institutions. Une décision qui, selon lui, conditionnera l’avenir démocratique du pays.
