Du conseil de la honte au conseil de l’indécence
L’expérience des neuf conseillers présidentiels restera comme l’un des épisodes les plus humiliants de la crise politique haïtienne. Une gouvernance éclatée, irresponsable, inefficace, qui a contribué à enfoncer davantage le pays dans le chaos. Aujourd’hui, au lieu d’en tirer les leçons, le dialogue interhaïtien propose une nouvelle formule : un conseil présidentiel de trois membres. Non pas une rupture, mais une récidive. Pire encore : une indécence politique.
La composition de ce conseil soulève une indignation légitime. Un représentant issu du même « conseil de la honte » qui a failli, un membre de la Cour de cassation et un représentant de la société civile. Comment peut-on sérieusement parler de renouveau quand l’échec est invité à la table des décisions ? Chat échaudé craint l’eau froide. Le peuple haïtien, lui, n’a rien oublié.
Il suffit d’un seul acteur discrédité pour miner toute crédibilité. Une orange pourrie dans un panier finit toujours par gâter les autres. La présence d’un rescapé du désastre précédent transforme ce nouveau conseil en une continuité déguisée, un recyclage cynique d’un système rejeté par la population.
La réalité est brutale : Haïti n’a pas besoin d’un conseil présidentiel. Ni à neuf, ni à trois. Cette formule a déjà prouvé son inutilité et sa nocivité. Sous son règne, l’insécurité s’est aggravée de manière spectaculaire, les gangs ont consolidé leur pouvoir territorial, et la corruption s’est normalisée, s’institutionnalisant jusque dans les rouages les plus sensibles de l’État.
Pendant que les conseillers débattaient, le pays brûlait. Pendant que les accords se négociaient, les citoyens fuyaient, mouraient, se taisaient par peur. La dilution du pouvoir a entraîné la dilution de la responsabilité, et avec elle, l’effondrement de l’autorité de l’État. Gouverner un pays en crise ne consiste pas à empiler des symboles de consensus, mais à exercer une autorité claire, identifiable et redevable.
Proposer aujourd’hui un nouveau conseil présidentiel relève d’un mépris assumé pour la souffrance nationale. C’est faire comme si l’échec n’avait jamais existé, comme si la population devait encore servir de cobaye à des arrangements politiques sans vision ni courage.
Haïti n’a pas besoin d’un conseil de plus. Elle a besoin d’un sursaut. D’une rupture réelle. De dirigeants capables d’assumer, d’agir et de répondre de leurs actes. Tout le reste n’est que perte de temps, et le pays n’en a plus.

