Éditorial : du tumulte politique à la désillusion du Conseil Présidentiel de Transition
Plus d’un an après sa mise en place, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) peine à remplir sa mission de restaurer la sécurité et d’organiser des élections générales. Dans un pays miné par l’insécurité, la pauvreté et la méfiance envers ses dirigeants, le scepticisme grandit face à une transition qui semble tourner en rond.
Tout a commencé avec les grandes mobilisations populaires de 2020, marquées par la colère contre le président Jovenel Moïse. Les tensions sociales et politiques se sont accentuées jusqu’à l’assassinat du chef de l’État le 7 juillet 2021 à Pèlerin 7, un choc sans précédent pour la nation.
Après sa mort, Ariel Henry, désigné Premier ministre avec l’appui de la communauté internationale, a dirigé un pays sans président, dans un climat d’incertitude totale. Son gouvernement, confronté à la hausse du coût de la vie, à la montée du banditisme et à la paralysie des institutions, a été perçu comme déconnecté des réalités populaires.
Malgré les appels au changement, Ariel Henry est resté au pouvoir au-delà du 7 février 2024, provoquant de nouvelles manifestations massives. La crise politique s’est aggravée, tandis que l’économie s’effondrait et que les services essentiels s’arrêtaient les uns après les autres.
Sous la pression de la rue et de la communauté internationale, un Conseil Présidentiel de Transition a été instauré en mai 2024. Neuf membres huit hommes et une femme ont alors pris les rênes du pays, avec la promesse de rétablir la sécurité et de conduire Haïti vers des élections au plus tard en février 2026.
Mais très vite, les divisions internes, les désaccords politiques et le manque de résultats ont érodé la confiance de la population. Les changements successifs à la primature, du départ de Gary Conille à la nomination d’Alix Didier Fils-Aimé, ont davantage alimenté le sentiment d’instabilité.
Malgré l’arrivée en juin 2024 du premier contingent de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité, la situation sur le terrain reste critique. Près de 90 % de la capitale serait sous contrôle des groupes armés, selon plusieurs rapports. Les routes principales menant aux villes de province demeurent bloquées, et les violences se propagent à d’autres régions comme Mirebalais, Liancourt et Saint-Marc.
La population, elle, continue de subir les conséquences d’un État affaibli : inflation galopante, chômage, insécurité alimentaire et désespoir croissant.
Les membres du CPT, souvent accusés de lenteur et d’inefficacité, font face à un mécontentement généralisé. De nombreux observateurs estiment que la transition s’est enlisée dans des luttes d’influence, au détriment de la mission première : préparer le retour à l’ordre constitutionnel.
Les promesses d’élections en 2025 semblent s’éloigner, tandis que la méfiance s’installe entre le pouvoir de transition et les forces politiques traditionnelles.
Plus d’un an après la chute d’Ariel Henry, Haïti reste en quête d’un véritable leadership. Le Conseil Présidentiel de Transition, censé incarner l’espoir d’un renouveau, se trouve aujourd’hui au cœur des critiques.
La population, lasse des promesses et du statu quo, se demande si la transition n’a pas, elle aussi, atteint ses limites.
À l’approche du 7 février 2026, date symbolique marquant la fin prévue de la transition, le pays demeure suspendu entre incertitude et désillusion.
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