Éditorial : quand les rapports de l’ULCC moisissent dans les tiroirs de la justice
Une unité efficace mais paradoxale
L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) multiplie les audits et les rapports.
En mars 2023, elle a déposé neuf nouveaux dossiers détaillant des détournements de fonds publics, des trafics d’influence et d’autres malversations.
Le 26 septembre 2025, elle a remis sept autres rapports, portant à soixante-trois le nombre total de dossiers transmis à la justice.
Entre juillet 2021 et août 2022, l’ULCC a remis vingt rapports supplémentaires, alors qu’elle n’en avait remis que quarante-six au cours de la période 2006-2019.
Ces efforts et cette apparente rigueur, soulignés par l’institution, documentent méticuleusement chaque scandale. Sur le papier, l’ULCC travaille sans relâche à l’assainissement de l’État.
Justice complice, silence coupable
Sur le plan judiciaire, en revanche, rien n’avance. Les magistrats restent curieusement muets.
Sur soixante-six dossiers transmis par l’ULCC depuis sa création, une seule condamnation a été enregistrée. Cinq dossiers se sont soldés par des acquittements, un par un non-lieu, et soixante autres pourrissent dans les tiroirs de la justice haïtienne dans l’indifférence générale.
Comme le constate lui-même le directeur de l’ULCC, « le cancer qu’est la corruption se nourrit de l’impunité ». L’absence de sanctions judiciaires ne fait que « renforcer les corrompus et les corrupteurs dans leur sale besogne ».
Ainsi, malgré la clarté des enquêtes, les personnes indexées poursuivent leur carrière, les fonds détournés restent introuvables, et aucun procès ne vient juger ces scandales.
Impact sociétal – désespoir et méfiance
Cette impunité généralisée sape la confiance des citoyens. Ils se sentent trahis par leurs propres institutions.
Le peuple haïtien continue de réclamer justice, tandis que le silence persistant des autorités renforce le sentiment de désespoir et de trahison.
Dans ces conditions, la méfiance s’accroît. L’absence de réaction forte des juges est perçue comme une complicité tacite entre les élites corrompues et le pouvoir judiciaire.
En conséquence, le public banalise la corruption, la considérant comme une règle du jeu. Chaque rapport ignoré creuse le fossé entre le citoyen et l’État, créant un climat de cynisme et d’impuissance.
À quoi servent ces rapports ?
Ce décalage soulève une question cruciale : à quoi servent tous ces rapports de l’ULCC si la justice n’en tire jamais de conclusions concrètes ?
Les dossiers s’accumulent sans qu’il y ait d’arrestations, de procès ou de confiscation de fonds.
La légitimité de la lutte contre la corruption est en jeu. L’ULCC produit de la « paperasse » qui, en l’absence de suivi judiciaire, risque de devenir un simple rituel bureaucratique.
Pire encore, la répétition de rapports sans effet juridique finit par miner la crédibilité de l’institution elle-même. Aux yeux de l’opinion publique, elle devient l’incarnation d’une lutte illusoire, où l’on écrit contre la corruption sans jamais la combattre réellement.
Un appel solennel à la justice
Il est urgent que le pouvoir judiciaire prenne ses responsabilités. Comme le rappelle l’ULCC elle-même, elle demande que l’action publique soit enfin engagée, conformément à la loi, contre la corruption révélée.
Certains magistrats commencent à sanctionner les pilleurs de l’Etat, preuve qu’il est possible de transformer ces enquêtes en condamnations.
Il appartient maintenant aux juges et aux procureurs d’assumer leur mission et de rompre avec cette torpeur judiciaire.
S’ils ne le font pas, l’ULCC et la société civile seront en droit de considérer que ces rapports ont été volontairement ignorés.
Les enquêtes rigoureuses menées par l’ULCC doivent cesser d’être de simples archives. Elles doivent devenir le point de départ de véritables procès.
Ce n’est qu’ainsi que la justice retrouvera sa crédibilité et que les victimes de la corruption verront enfin leur confiance honorée.
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