Haïti au bord du gouffre : l’Accord Montana dénonce l’échec de la transition et appelle à une solution souveraine
Lors d’une conférence de presse tenue le 6 janvier 2026, l’Assemblée des signataires de l’Accord Montana a dressé un constat alarmant de la situation nationale et dénoncé l’échec de la transition politique en Haïti.
Une conférence dans un climat de crise profonde
Réunis le 6 janvier 2026, les membres de l’Assemblée des signataires de l’Accord du 30 août, dit Accord Montana, ont pris la parole dans un contexte marqué par une détérioration continue de la situation politique, sécuritaire, économique et humanitaire. Cette conférence de presse visait à informer l’opinion publique des conclusions issues d’une large rencontre tenue le 21 décembre précédent avec l’ensemble des antennes départementales du mouvement.
Les signataires expliquent avoir procédé à une évaluation approfondie de la mission et des orientations stratégiques de l’Accord Montana, afin d’identifier les voies permettant de poursuivre l’accompagnement du peuple haïtien, tout en restant fidèles aux fondements historiques du mouvement, fondés sur une rupture nette avec les pratiques de gouvernance ayant conduit le pays dans l’impasse actuelle.
Une transition jugée inefficace et discréditée
Selon l’Assemblée, l’Accord Montana s’était donné pour objectif de contribuer à l’instauration d’une transition politique capable de répondre aux attentes de la population, de rétablir la sécurité, de relancer les institutions de l’État et de créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles. Or, près de vingt mois après le début du processus, deux gouvernements se sont succédé sans parvenir à instaurer un pouvoir légitime ni à améliorer les conditions de vie des Haïtiens.
Les signataires parlent d’un échec total de la transition, incapable de susciter l’espoir, de garantir un minimum de sécurité ou de préparer un cadre électoral fiable. À l’inverse, cette période aurait aggravé l’insécurité, l’impunité, la corruption, le chômage et la faim.
Le gouvernement Fils Aimé sévèrement critiqué
L’Assemblée des signataires a particulièrement mis en cause le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils Aimé, qu’elle juge incapable de répondre aux défis majeurs du pays. Malgré les missions qui lui avaient été confiées — rétablir la sécurité, engager des réformes institutionnelles et constitutionnelles et organiser des élections — aucun résultat concret n’a été observé sur le terrain, selon la déclaration.
Les signataires dénoncent l’instrumentalisation de l’insécurité par des groupes d’intérêts politiques et économiques, accusés de tirer profit du chaos. Ils décrivent un pouvoir sans leadership ni vision, dépendant des orientations de certains acteurs diplomatiques étrangers, au détriment de toute politique axée sur le bien-être collectif.
Insécurité généralisée et crise humanitaire
Sur le plan sécuritaire, l’Assemblée affirme que plus de 5 000 personnes ont été tuées par des gangs armés, malgré le contrôle par l’exécutif des principales institutions de sécurité. Parallèlement, environ cinq millions d’Haïtiens vivent en situation d’insécurité alimentaire, tandis que l’inflation atteint près de 30 %.
Les violences ont entraîné le déplacement massif de populations, contraintes de vivre dans des camps de fortune sans assistance adéquate. L’abandon des terres agricoles, notamment dans l’Artibonite et le Plateau Central, a provoqué une chute de la production et contribué à la flambée des prix, accentuant l’effondrement de la classe moyenne.
Une transition capturée par des intérêts privés
L’Assemblée établit un lien direct entre l’échec de la transition et la mise en place du Conseil présidentiel de transition (CPT), accusé d’avoir privilégié des intérêts personnels au détriment de l’intérêt général. Elle dénonce des alliances entre dirigeants politiques, oligarques économiques et acteurs internationaux visant à détourner le processus de transition et à consolider une économie criminelle.
Un appel à une solution haïtienne
Face à l’ampleur de la crise, l’Assemblée des signataires de l’Accord Montana appelle à une mobilisation nationale. Elle annonce une série de consultations avec les forces politiques, sociales, religieuses, syndicales, universitaires, paysannes et la diaspora, en vue d’aboutir à une solution haïtienne, fondée sur la souveraineté nationale et le consensus populaire.
Les signataires plaident pour l’organisation, à partir du 7 février 2026, d’une Conférence nationale souveraine, destinée à définir une feuille de route claire pour la transition, replacer la sécurité et les élections au cœur des priorités et restituer au peuple haïtien le contrôle de son destin politique.

