Haïti: L’ Ouragan Melissa n’a pas tué seule, l’État l’a aidée
L’ouragan Melissa, désormais classé en catégorie 5, n’a pas seulement traversé Petit-Goâve : il l’a détruit, englouti et presque rayé de la carte. En quelques heures, la rivière La Digue a débordé avec fureur, submergeant les quartiers de La Digue et Borne-Soldat. Selon une évaluation préliminaire de la Direction générale de la protection civile (DGPC), au moins vingt personnes, dont dix enfants, ont péri. Dix autres sont toujours portées disparues. Et tandis que la ville pleure ses morts, l’État reste fidèle à lui-même : lent, confus, impuissant.
Un monstre annoncé
Melissa n’était pas une surprise. Formé le 21 octobre au-dessus de la mer des Caraïbes, il s’est rapidement intensifié pour atteindre la catégorie 5, la plus élevée de l’échelle de Saffir-Simpson, avec des vents dépassant les 270 km/h. Les bulletins météorologiques avaient déjà annoncé des pluies torrentielles et des rafales meurtrières dans le sud et l’ouest d’Haïti.
Le gouvernement avait même émis une alerte rouge le 25 octobre. Le Centre national des opérations d’urgence (COUN) avait été activé, des abris avaient été ouverts et des messages diffusés. Mais comme toujours, il y avait un énorme fossé entre les paroles et les actes. Les sirènes d’alerte n’ont jamais retenti à Petit-Goâve. Les familles, mal informées, sont restées chez elles. À 4 heures du matin, la rivière La Digue a débordé et emporté tout sur son passage.
Petit-Goâve engloutie
En moins d’une heure, les quartiers bas de la ville étaient submergés. Les maisons ont été détruites, les plantations dévastées, le bétail et les véhicules emportés. Des familles entières ont été prises au piège dans leur sommeil. Les survivants se sont réfugiés sur les toits, appelant à l’aide dans la nuit. « Des gens ont été tués, des maisons ont été emportées par les eaux », a déclaré Louissaint, un habitant en larmes.
Le maire, Jean Bertrand Subrème, dépassé par l’ampleur du désastre, a lancé un appel désespéré : « Je suis dépassé par la situation, envoyez-nous de l’aide ! » Les routes étaient coupées, les communications interrompues et les équipes de secours bloquées à des kilomètres de là. À l’aube, Petit-Goâve n’était plus qu’un champ de ruines et de boue.
L’État, coupable d’inaction
Oui, Melissa a frappé fort. Mais ce n’est pas seulement la tempête qui a tué : c’est l’absence de l’État.
L’absence d’un véritable système d’alerte, le manque d’aménagement des berges, la déforestation, la désorganisation des secours… Tout cela est connu, documenté, répété, mais jamais corrigé. Chaque année, Haïti subit la même humiliation : des morts évitables, des promesses vaines, des rapports semi-officiels. Les autorités viennent observer, compatir, puis disparaissent.
Le directeur général de la DGPC, Emmanuel Pierre, parle d’équipes « mobilisées » sur le terrain. Mais sur le terrain, les habitants, livrés à eux-mêmes, creusent à mains nues pour retrouver leurs proches. Ce n’est pas du sauvetage, c’est une population qui lutte pour sa survie.
Le plus grave, c’est la répétition. Après Matthew en 2016, après Elsa, après Grace, rien n’a changé. Les zones à risque sont restées habitées. Les digues n’ont jamais été construites. Les rivières n’ont jamais été nettoyées. L’État haïtien semble n’exister que pour annoncer les catastrophes, jamais pour les prévenir.
Le prix du silence
Au-delà des morts, Petit-Goâve est désormais confrontée au risque d’épidémie. Les eaux stagnantes menacent de propager le choléra, la leptospirose et la diarrhée. Les centres de santé sont débordés et manquent de tout. L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) avait prévenu que Melissa exercerait une « pression extrême » sur les systèmes de santé fragiles. Mais rien n’a été fait pour les renforcer. Pas de plan d’urgence, pas de réserves logistiques, pas même une campagne de prévention.
Les habitants ne parlent plus de catastrophes naturelles. Ils parlent de trahison. « Nous n’avons aucune aide, nous sommes seuls face à l’eau », murmure une mère qui a perdu un enfant. Ces mots résonnent comme un verdict. Haïti n’est pas seulement victime du climat : elle est victime de son propre État.
Quand l’État tue par son absence
Melissa n’a pas tué seule. L’État haïtien, par son silence, sa lenteur, son indifférence, a laissé la mort s’installer. À Petit-Goâve, ce ne sont pas seulement des maisons qui se sont effondrées, mais aussi la crédibilité même du gouvernement. Nous ne pouvons pas continuer à parler de destin lorsque l’impréparation devient une constante.
Chaque saison des ouragans nous rappelle la même vérité : ce pays n’est pas prêt, parce que ceux qui devraient le préparer ne le veulent pas. Et tant que l’État restera spectateur de tragédies qu’il aurait pu prévenir, les morts continueront d’être ensevelis sous la boue… et sous les mensonges.
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