Haïti : la Table Sectorielle sur la Sécurité évalue les progrès et défis de la lutte contre l’insécurité
La cinquième réunion de la Table Sectorielle sur la Sécurité (TSS) s’est tenue le 12 février 2026 à l’Hôtel Karibe, sous l’impulsion du Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH). L’objectif était d’évaluer les avancées des forces de sécurité nationales et de faire le point sur la mise en place de la Force de Répression des Gangs (FRG), nouvel instrument international de stabilisation du pays.
Depuis 2024, la TSS organise des rencontres pour coordonner les actions entre acteurs nationaux et partenaires internationaux face à la crise sécuritaire en Haïti. En août 2025, l’Organisation des États américains (OEA) a adopté une feuille de route plaçant la stabilisation sécuritaire au cœur du processus de retour à la paix. En octobre, le Conseil de sécurité a transformé la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en FRG, dotée d’un mandat robuste et autonome. La résolution 2814, adoptée en janvier 2026, a renouvelé le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), renforçant son rôle de coordination des actions de sécurité.
La réunion a rassemblé des représentants de la Police nationale d’Haïti (PNH), des Forces armées d’Haïti (FAD’H), du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et des organisations de la société civile. La présence de personnalités telles que le cinéaste Arnold Antonin a permis d’inscrire les discussions dans un cadre pluraliste, associant institutions publiques et acteurs sociaux.
La PNH a présenté un bilan marqué par une intensification des opérations et une meilleure coordination avec les autres entités de sécurité. Les efforts portent sur l’acquisition de matériels, l’augmentation des effectifs via le programme P4.000 et la consolidation de zones stratégiques. Les FAD’H, avec environ 2 000 membres et une projection de 3 000 dans les mois à venir, soutiennent ces opérations, sécurisant des zones sensibles comme Kenscoff, Péligre et Malpasse, tout en protégeant des infrastructures publiques stratégiques.
La FRG constitue un atout majeur pour la stabilisation. Composée de 5 500 membres issus de plusieurs pays, elle dispose d’un mandat autonome pour mener des opérations basées sur le renseignement et intègre des garanties de respect des droits humains dans sa doctrine et sa planification. Son financement et son personnel proviennent notamment des États-Unis, du Canada, de la France, du Royaume-Uni, du Tchad, du Bangladesh et du Sri Lanka.
Malgré ces progrès, plusieurs obstacles persistent. L’absence d’une vision nationale cohérente, la fragilité institutionnelle, les rivalités politiques et le manque de mobilisation des acteurs sociaux et économiques freinent la reconstruction d’un système de sécurité durable. Ces constats serviront de base à la prochaine conférence de la TSS en mars, qui devra définir une stratégie nationale cohérente et consolider des institutions de sécurité professionnelles, efficaces et respectueuses des droits humains. La sortie durable de la crise dépendra de la construction d’une architecture nationale solide, capable d’allier efficacité, vision politique et respect des droits fondamentaux.

