Haïti : un collectif d’assurés dénonce des pratiques de corruption présumées à l’ONA et appelle à une réforme structurelle

Port-au-Prince, 2 février 2026 — Le Collectif des Assurés et Pensionnés de l’ONA (COAP-ONA) a adressé aux autorités haïtiennes une lettre de dénonciation mettant en cause des pratiques jugées « irrégulières et préjudiciables » au sein de l’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA). Le document, officiellement reçu à la Primature de la République d’Haïti le 9 février 2026, appelle à une réforme en profondeur du système de gestion de la sécurité sociale.
Un contexte national fragile
Dans sa correspondance datée de Port-au-Prince, le collectif inscrit sa démarche dans un contexte marqué par l’insécurité, la crise économique et l’affaiblissement des services publics. Selon lui, ces difficultés accentuent la méfiance envers les institutions et rendent indispensable une gouvernance « transparente et responsable », notamment dans les organismes chargés de la protection sociale.
Le texte souligne également l’importance stratégique du programme HOPE/HELP pour l’économie haïtienne, rappelant que sa pérennité dépend en partie du respect des normes sociales et de la crédibilité institutionnelle du pays.
Des accusations de pratiques irrégulières
Le COAP-ONA affirme avoir relevé plusieurs mécanismes considérés comme contraires aux règles administratives et financières. Il évoque notamment l’instauration de procédures permettant à certains responsables ou chefs d’entreprise d’effectuer des versements rétroactifs sur plusieurs années afin de faciliter l’accès à des prêts hypothécaires. Le document fait aussi état de soupçons de trafic d’influence, avec des réductions systématiques appliquées à certains bénéficiaires.
Par ailleurs, des ressources issues de cotisations auraient été utilisées pour financer des acquisitions de véhicules et orientées vers des investissements jugés non conformes à la mission de l’institution, parfois au profit de projets privés. Le collectif dénonce également des blocages répétés face aux initiatives d’informatisation et de modernisation administrative.
Ces agissements sont attribués dans la lettre à Ronald Bazile, employé de longue date, dont l’influence interne est présentée comme déterminante dans la persistance de ces pratiques. Aucune décision judiciaire n’a toutefois été évoquée à ce stade.
Des conséquences dénoncées pour les assurés
Le collectif estime que ces pratiques porteraient atteinte à la crédibilité de l’institution publique chargée de la protection sociale, fragiliseraient les droits des travailleurs cotisants et risqueraient d’éroder la confiance des partenaires internationaux dans un contexte socio-économique déjà très vulnérable.
Un appel à des mesures urgentes
Dans ses recommandations, l’organisation demande un changement à la direction générale, l’ouverture d’une enquête administrative et judiciaire afin d’établir les responsabilités, ainsi que la mise en œuvre de réformes structurelles axées sur la transparence, la modernisation et la bonne gouvernance. Elle plaide également pour l’appui d’organismes internationaux, dont le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), afin de renforcer les mécanismes de contrôle et de reddition de comptes.
Le document a été transmis à plusieurs institutions nationales et partenaires étrangers, parmi lesquels la Banque Interaméricaine de Développement (BID), l’Union européenne et le Bureau International du Travail (BIT).
Une institution à un tournant
Créé il y a plus de soixante ans, l’organisme traverse, selon les signataires, « une période cruciale » qui exige un renouvellement profond de ses pratiques pour répondre aux exigences actuelles de gouvernance publique. Le collectif estime qu’une transformation réelle constitue une condition essentielle pour restaurer la confiance des assurés et préserver la stabilité sociale.
À ce jour, aucune réaction officielle des autorités concernées n’a été rendue publique.

