Sortie de crise en Haïti : Lapè Pou Ayiti dévoile un manifeste pour un gouvernement de consensus en 2026

Une proposition méthodologique détaillée pour une sortie de crise en Haïti circule actuellement dans les milieux politiques et civiques. Présenté comme un « Manifeste pour la souveraineté, la gouvernance et la renaissance d’Haïti », le document plaide pour l’instauration d’un gouvernement de consensus à l’expiration de l’accord du 3 avril 2024, prévue en 2026.
Le texte dresse un constat sévère de la situation nationale. Il dénonce un modèle de développement jugé inégalitaire, qui ne bénéficie qu’à une minorité, ainsi qu’une démocratie électorale qualifiée d’importée, imposée et dispendieuse. Les auteurs prennent pour exemple les élections de 2016, dont le coût est estimé à plus de 56 millions de dollars, sans résultats durables. Ils s’interrogent ouvertement sur l’adéquation de ce modèle avec la réalité haïtienne, posant la question de la pertinence d’une démocratie électorale mal comprise et mal adaptée au contexte social du pays.
Selon les rédacteurs du manifeste, la crise actuelle ne saurait être résolue par un simple changement de dirigeants. Ils appellent plutôt à une refondation profonde de l’État, fondée sur le développement, la dignité humaine et la souveraineté nationale, placés au-dessus des procédures institutionnelles formelles. Le document invite Haïti à inventer son propre modèle de gouvernance, en rompant avec ce qu’il qualifie de mimétisme institutionnel et intellectuel.
La proposition s’articule autour d’une méthodologie opérationnelle en deux grands volets. Le premier est consacré à la sécurité et prévoit une stratégie progressive visant à éradiquer les gangs armés. Elle inclut la cartographie des groupes criminels, des opérations ciblées menées par des unités mixtes regroupant la Police nationale d’Haïti, les Forces armées d’Haïti et la Force de réaction gouvernementale, ainsi que des programmes de désarmement, de réinsertion et de renforcement judiciaire. Le document évoque également la sécurisation des axes routiers, la reprise du transport national et l’organisation du retour, assorti d’un dédommagement, des personnes déplacées internes.
Le second volet porte sur une méthodologie de dialogue politique inclusif devant conduire à la formation d’un gouvernement consensuel en 2026. Cette démarche prévoit un dialogue national structuré destiné à examiner et consolider l’ensemble des propositions existantes, notamment l’accord du 3 avril 2024, les projets de restructuration du Conseil présidentiel de transition, l’idée d’un exécutif bicéphale ou encore la nomination d’un juge de la Cour de cassation à la tête de la transition. Le processus s’étalerait sur plusieurs mois, à travers des ateliers thématiques et un forum national, pour aboutir à l’adoption d’une feuille de route unique et à l’installation du nouveau gouvernement.
Pour encadrer cette dynamique, le manifeste propose la mise en place d’une commission de médiation composée de cinq membres issus des secteurs religieux, médiatique, des droits humains, universitaire et de la Convention patriotique. L’Organisation des États américains et la CARICOM y seraient associées en qualité d’observateurs.
Enfin, le document appelle à la création d’un « Mouvement pour la paix en Haïti », décrit comme populaire, inclusif et résolument haïtien. En conclusion, le manifeste insiste sur la primauté de la souveraineté nationale, affirmant qu’aucune solution durable ne viendra de l’extérieur et que le destin du pays appartient exclusivement aux Haïtiens.

