Jeunesse haïtienne : un potentiel diplomatique sous-exploité face à la transition politique
En Haïti, la jeunesse, qui représente près de la moitié de la population, reste largement absente des instances décisionnelles. Malgré un dynamisme certain dans les mouvements sociaux et communautaires, son intégration dans la vie politique se heurte à des obstacles institutionnels, économiques et sécuritaires persistants.
Depuis ce 7 août, le Conseil présidentiel de transition (CPT), coordonné par Laurent Saint-Cyr, s’est fixé pour mission de rétablir la sécurité, mener une réforme constitutionnelle et organiser des élections d’ici fin 2025. Une feuille de route ambitieuse qui, selon plusieurs observateurs, ne pourra se concrétiser pleinement sans la participation active des jeunes.
Entre procédures administratives complexes, méfiance envers des institutions minées par la corruption et absence d’élections depuis 2016, les jeunes se trouvent souvent exclus du jeu politique. La précarité économique et l’insécurité aggravent encore cette marginalisation, particulièrement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, où les gangs contrôlent plus de 80 % du territoire. Les jeunes femmes sont les plus touchées : à Port-au-Prince, 44 % des femmes de 22 ans ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation, contre 11 % des hommes.
Le CPT, né en avril 2024 après la démission d’Ariel Henry, a l’opportunité d’inscrire l’inclusion de la jeunesse dans ses priorités. La réforme constitutionnelle en préparation pourrait introduire des quotas ou créer des instances consultatives dédiées aux jeunes. Des programmes comme PREJEUNES, lancé en juillet 2025, montrent une volonté d’action, mais restent limités face à l’ampleur des défis.
Parmi les institutions où la jeunesse pourrait jouer un rôle déterminant figure le Ministère des Affaires Étrangères (MAE). Dans un contexte où Haïti cherche à renforcer ses alliances et à redorer son image, les jeunes peuvent apporter des idées innovantes, une maîtrise des outils numériques et une vision connectée aux enjeux globaux : changement climatique, migrations, développement durable.
Ils pourraient également contribuer à la communication diplomatique, à la représentation d’Haïti dans des forums régionaux comme la CARICOM, et à la construction d’une diplomatie plus inclusive. À condition toutefois que des programmes de formation, des stages et des voies d’intégration claires soient mis en place pour éviter la cooptation politique et encourager la méritocratie.
Pour beaucoup, la balle est désormais dans le camp de Laurent Saint-Cyr et du CPT. S’ils parviennent à ouvrir de réels espaces à la jeunesse, notamment dans des ministères clés comme le MAE, ils pourraient non seulement dynamiser l’action gouvernementale mais aussi poser les bases d’une gouvernance plus représentative.
La jeunesse haïtienne a prouvé sa résilience. Il lui manque désormais une chose : qu’on lui tende la main pour lui confier une place légitime dans l’avenir du pays.
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