La limitation du pouvoir politique de Donald Trump : entre légitimation et ignorance
Analyse politique
Par Frantz Abellard Horace
Expatrié, avocat au Barreau de Port-au-Prince
Spécialiste en Paix et Études de Conflits
(Policy Analysis, UMass Lowell)
La pérennité de la démocratie américaine, dans sa dimension historique, s’est toujours caractérisée par la primauté de la loi, la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ainsi que par le rôle fondamental des citoyens dans la mobilisation politique contre les dérives institutionnelles de toute nature. Il ne faut pas non plus négliger le poids pluridimensionnel des médias en tant qu’outil avant-gardiste de régulation démocratique.
Plusieurs chercheurs, dont Alexis de Tocqueville, considèrent ce système comme « unique, car il insiste sur l’égalité et la participation citoyenne à travers les institutions, tout en alertant sur les dangers de l’individualisme ». La démocratie, en tant que système, est heureusement ancrée dans la Constitution américaine, cadre juridico-politique et historique essentiel à sa survie depuis la fin du XVIIIᵉ siècle.
Aujourd’hui, ce système apparaît profondément polarisé, et le défi posé par le trumpisme redéfinit non seulement les limites de la démocratie américaine, mais également celles de l’exercice du pouvoir politique. La démocratie, entendue comme système de partis et de lois, s’affaiblit graduellement face à cette idéologie. Dans le contexte actuel de la politique américaine, le narcissisme exacerbé, le piétinement des institutions et la violation des droits fondamentaux de l’être humain tendent à devenir des normes. Dès lors, la démocratie se trouve problématisée dans sa nature même.
Face à cette situation, les citoyens n’ont d’autre choix que de se mobiliser afin de sanctionner les dérives du système, de se constituer en groupes de revendication pour exiger un retour à l’harmonisation sociale et institutionnelle, ainsi qu’à la primauté du Rule of Law. À défaut, les élections de mi-mandat (midterms) constituent, a priori, la forme de sanction politique la plus efficace avant la fin du mandat présidentiel. Il est également possible que la justice intervienne, hypothèse tout à fait plausible, afin de rétablir l’équilibre, conformément au principe des checks and balances, face à l’usage excessif du pouvoir politique.
Faut-il rappeler que l’équilibre des pouvoirs constitue le fondement de tout système démocratique et a, sans équivoque, favorisé la pérennité de la démocratie aux États-Unis d’Amérique ?
Cette réalité pose un problème majeur et suscite de nombreux questionnements quant au destin même de la démocratie américaine. Plus d’un se demande comment l’Amérique en est arrivée là. Le trumpisme, en tant que mouvement antisystème, anti-institutionnel et anti-globalisation, s’oppose à toute conception fondamentaliste et essentialiste de l’État américain. L’environnement politique actuel semble s’inscrire dans une spirale de soumission à la prétention d’un homme.
Quoi qu’il en soit, ce chapitre de la politique américaine demeure particulièrement intéressant. Le peuple américain semble avoir fait son choix en élisant Donald Trump à un second mandat présidentiel. Jusqu’où ira cette présidence aussi controversée, dont les décisions ne font l’objet d’aucune unanimité ? Cette présidence ne crée-t-elle pas l’opportunité de la fin du bipartisme politique et l’ouverture vers un multipartisme à l’américaine ?
Au peuple américain d’en décider.

