L’AS Capoise privée de CFU Club Shield : quand l’isolement d’Haïti étouffe son football
À la veille de son entrée dans le CFU Club Shield, l’Association Sportive Capoise (ASC) a été contrainte de se retirer de la compétition régionale organisée à Trinidad et Tobago. En cause : l’impossibilité de trouver un vol pour rejoindre Port-d’Espagne, malgré des mois de préparation et de lourds investissements. Ce désistement de dernière minute symbolise un mal plus profond : la paralysie logistique du football haïtien, pris dans l’étau de l’insécurité et de l’isolement international.
Qualifiée après une brillante campagne nationale, conclue en finale par une défaite aux tirs au but contre la Juventus des Cayes, l’ASC représentait l’un des derniers espoirs d’un sursaut du football haïtien sur la scène caribéenne. Le club avait mis tous les atouts de son côté. Il avait recruté l’entraîneur argentin Carlos Barone, ancien joueur de l’Aigle Noir et technicien expérimenté en Amérique centrale. Sous sa direction, les entraînements s’étaient intensifiés et une série de matchs amicaux victorieux laissait entrevoir une dynamique prometteuse.
Mais cette montée en puissance s’est effondrée brutalement. Faute de compagnie aérienne disposée à transporter la délégation depuis le Cap-Haïtien, et en l’absence d’un couloir de voyage sécurisé au départ de Port-au-Prince, l’équipe n’a pas pu décoller. L’insécurité grandissante, les zones de non-droit, la rareté des assurances couvrant les vols commerciaux en Haïti : autant d’obstacles devenus désormais récurrents. Le forfait a été confirmé officiellement le 25 juillet, quelques heures avant le coup d’envoi du tournoi.
Ce retrait forcé est une gifle non seulement pour l’ASC, mais aussi pour l’ensemble du football haïtien. La compétition régionale offrait une rare opportunité de visibilité, une plateforme pour s’illustrer à l’échelle caribéenne. Alors que des clubs d’îles voisines comme Porto Rico ou la Jamaïque évoluent normalement, les équipes haïtiennes sont contraintes à l’abandon, faute d’accès au monde extérieur.
Plus encore, cette situation illustre une déconnexion croissante entre la volonté des clubs et l’inaction des institutions. La Fédération Haïtienne de Football, déjà critiquée pour son manque de vision, n’a pas réussi à sécuriser l’itinéraire de son représentant national. Aucune solution de rechange n’a été trouvée à temps. Et aucun soutien concret n’a été apporté au staff ou aux joueurs, qui, pour beaucoup, vivent cette exclusion comme une injustice cruelle.
Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été nombreuses. Supporters déçus, observateurs consternés, journalistes sportifs choqués : le forfait a ravivé le débat sur l’effondrement du sport haïtien. Ce n’est pas la première fois qu’un club ou une sélection manque un rendez-vous international pour des raisons logistiques ou sécuritaires. Mais l’ASC semblait prête, bien préparée, et portée par une vision.
Le cas de Cap-Haïtien, ville relativement stable comparée à Port-au-Prince, rend ce forfait d’autant plus frustrant. Il illustre le niveau de repli dans lequel Haïti est plongée, même dans ses zones moins exposées. Plus aucun déplacement international n’est garanti, même avec des ressources et de la volonté.
Dans les travées du Parc Saint Victor, les supporters digèrent difficilement la nouvelle. L’enthousiasme suscité par l’arrivée de Carlos Barone et les perspectives ouvertes par le CFU Club Shield a laissé place à une désillusion lourde. Le rêve d’un renouveau, d’un podium caribéen, s’est évaporé sur le tarmac vide d’un aéroport sans départ.
Ce revers souligne une réalité brutale : Haïti ne peut prétendre à un retour sur la scène sportive tant que son isolement logistique et politique perdure. Il faudra une transformation radicale de ses infrastructures, une volonté politique affirmée, et une coopération régionale renforcée pour que le football haïtien retrouve sa place. D’ici là, les clubs continueront de rêver à huis clos, dans l’attente d’un miracle.
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