Le retour du ballon : Le championnat haïtien reprend, mais à quel prix ?
Contre toute attente, la Ligue haïtienne de football (LHF) a repris vie le week-end dernier. Après plusieurs mois, le championnat de D1 2025-2026 a donné son coup d’envoi sur des terrains éparpillés, sous tension, mais bien réels.
Huit clubs du Nord (Tempête FC, Baltimore SC, Cosmopolites SC, Racing FC, FICA, Real Hope FA, AS Capoise et Ouanaminthe FC) et six du Sud (Violette AC, Don Bosco FC, Racing Club Haïtien, Cavaly AS, America FC et Juventus FC) se disputent désormais un titre national devenu presque symbolique, dans un pays où la survie quotidienne relève déjà du sport extrême.
Sur le papier, la reprise du championnat pourrait passer pour une victoire : un ballon qui roule malgré tout, des supporters qui retrouvent un souffle de fierté, un sport qui résiste à l’effondrement général. Mais derrière cette façade d’espoir se cache une vérité plus amère. Cette relance, forcée et fragile, s’apparente davantage à une opération de façade qu’à un véritable plan de redressement.
Car tout, dans ce retour, respire l’improvisation et la précarité. Des stades sans conditions de sécurité adéquates, des déplacements sous escorte ou purement annulés, des pelouses abîmées, des arbitres sous pression, et des clubs exsangues qui peinent à financer leurs activités. Le football haïtien, loin de renaître, survit par réflexe, étouffé entre l’insécurité, la crise économique et une gouvernance sportive en déroute.
Le comité de normalisation de la Fédération haïtienne de football (FHF), prolongé par la FIFA, peine à restaurer la confiance. Sa gestion, souvent qualifiée de technocratique et déconnectée du terrain, a abouti à ce championnat à deux vitesses, Nord et Sud, censé contourner les zones contrôlées par les gangs. Une mesure de survie, certes, mais aussi un aveu d’échec institutionnel : le pays n’a plus les moyens de faire circuler un ballon d’un “territoire perdu” à l’autre.
Pendant que les sélections nationales brillent à l’étranger, le football local, lui, se débat dans l’ombre. Les clubs se replient sur leurs régions, privés de visibilité, de revenus, et de public. Le sport roi devient une activité clandestine, confinée dans des bulles géographiques, à l’image d’un pays fragmenté.
Malgré tout, des supporters sont revenus, par bravade ou par besoin d’évasion. Les cris, les chants et les drapeaux ont brièvement masqué la peur, rappelant ce que le football peut encore représenter : un acte de résistance collective. Mais il ne faut pas s’y tromper. Tant que l’État reste absent, que la FHF se contente d’improviser, et que la communauté internationale se désintéresse du sort du sport haïtien, cette reprise restera un trompe-l’œil.
Lancer un championnat sans sécurité, sans plan d’investissement et sans vision nationale, ce n’est pas un exploit. C’est un geste désespéré. Car si le ballon a bel et bien rebondi ce week-end, il roule toujours sur un terrain miné, symbole d’un pays où même le jeu, refuge du peuple, doit se jouer sous la menace.
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