L’économie haïtienne coincée dans un cercle vicieux monétaire selon une étude de la BRH

C’est un constat qui fait froid dans le dos. La Banque de la République d’Haïti (BRH) vient de publier son Cahier de Recherche No 7, et le verdict est sans appel : depuis plus d’une décennie, la politique monétaire du pays tourne à vide. La masse monétaire explose, mais l’économie réelle s’enfonce.
« Les sphères monétaire et réelle évoluent en vase clos », avertit Ronald Gabriel, Gouverneur de la BRH. « La création monétaire ne nourrit pas l’économie productive, elle alimente surtout l’inflation et la spéculation. »
Entre 2018 et 2024, la base monétaire a bondi de 140 %, et M3 de près de 120 %. Pourtant, le PIB réel s’est contracté de 20 %, avec une récession record de -4,2 % en 2023.
L’étude pointe une cause majeure : le financement monétaire massif du déficit public, qui pèse désormais pour 265 % des créances de la BRH sur l’État. Résultat : la liquidité créée ne passe pas par l’investissement productif mais gonfle les prix et les gains de change.
Chez certaines banques étrangères, les gains de change représentent jusqu’à 60 % des revenus. Les mesures réglementaires de 2020 ont encore gonflé leur part de +7,9 points. Mais l’inflation, en réduisant la valeur réelle de ces gains, pèse davantage sur les banques locales.
L’inflation est le principal moteur de la hausse des prêts douteux : chaque point d’inflation se traduit par une augmentation de 0,81 point des créances non productives. Le taux de change aggrave les défauts de paiement à court terme, mais les emprunteurs finissent par s’adapter.
Les outils classiques de la politique monétaire, comme les taux directeurs ou les réserves obligatoires, n’ont plus qu’un effet passager. À long terme, leur impact est nul, signe que le canal bancaire est rompu.
La BRH met en cause un cocktail explosif : une insécurité qui bloque l’investissement, un secteur informel représentant 60 % de l’emploi et échappant aux circuits bancaires, une dollarisation qui oriente la liquidité vers la spéculation sur le marché des changes, et une « dominance budgétaire » qui pousse la banque centrale à financer l’État au détriment de la stabilité des prix.
Parmi ses recommandations, la BRH propose de donner la priorité à la stabilité des prix, même au prix d’un durcissement monétaire. Elle appelle aussi à réformer la gouvernance en interdisant le financement monétaire des déficits et en généralisant le protocole Cash Management.
La relance devrait se concentrer sur des investissements publics productifs, tout en favorisant la bancarisation du secteur informel. Enfin, le marché des changes devrait être mieux encadré, avec des limites aux positions spéculatives des banques.
Pour le Gouverneur Gabriel, rien ne changera sans rétablir l’ordre :
« Aucune politique économique ne portera ses fruits sans un retour à la sécurité. C’est la condition sine qua non pour briser la spirale récessive.»
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