Madagascar : le pouvoir de transition se rapproche de Moscou et rebat les cartes géopolitiques
Le président de la transition malgache, le colonel Michael Randrianirina, a effectué une visite officielle à Moscou afin de renforcer la coopération bilatérale, notamment dans le domaine sécuritaire. Ce déplacement marque une nouvelle étape dans le repositionnement diplomatique de Madagascar, engagé dans une stratégie de diversification de ses partenaires internationaux.
Une coopération militaire en expansion
Au cœur des discussions figure le renforcement des capacités des forces armées malgaches. Une partie de la formation militaire est désormais assurée par Africa Corps, structure liée aux dispositifs de coopération sécuritaire développés par Moscou sur le continent africain.
Les autorités malgaches justifient ce partenariat par la nécessité de moderniser l’armée, d’améliorer la lutte contre l’insécurité et de réduire les dépendances extérieures héritées des anciennes alliances.
La visite a également donné lieu à des échanges avec le président Vladimir Poutine, portant sur l’élargissement de la coopération à d’autres secteurs stratégiques tels que l’énergie, les infrastructures, l’agriculture et l’éducation.
Une diplomatie de diversification assumée
Depuis la mise en place du régime de transition, Antananarivo affirme vouloir adopter une politique étrangère « multivectorielle », consistant à collaborer avec plusieurs puissances sans s’inscrire dans un alignement exclusif.
Ce choix traduit la volonté des autorités de rechercher de nouveaux leviers de financement, d’équipement et d’appui politique dans un contexte international marqué par la concurrence accrue entre acteurs globaux.
Recul relatif de l’influence occidentale
Ce rapprochement alimente les débats sur l’érosion de l’influence sécuritaire française en Afrique, alors que plusieurs États du continent redéfinissent leurs partenariats militaires. L’émergence de nouveaux acteurs, notamment russes et turcs, s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition géopolitique où les alliances traditionnelles sont remises en question.
Pour de nombreux analystes, Madagascar illustre cette transition vers un ordre international plus concurrentiel, dans lequel les États africains cherchent à élargir leurs options stratégiques plutôt qu’à dépendre d’un seul partenaire historique.
Un symbole des mutations en cours en Afrique
Au-delà du cas malgache, cette évolution reflète une tendance continentale : la montée d’une diplomatie pragmatique axée sur la souveraineté, la diversification des coopérations et la recherche d’avantages immédiats en matière de sécurité et de développement.
Le rapprochement entre Antananarivo et Moscou apparaît ainsi comme l’un des signes visibles des transformations profondes des équilibres d’influence en Afrique, où la compétition entre puissances extérieures s’intensifie autour des enjeux militaires, économiques et stratégiques.

