Miami–Les Cayes, 1 600 dollars le billet : le progrès réservé aux riches ?
Le sud d’Haïti a enfin pris son envol. Un vol direct relie désormais Les Cayes à Miami, une première que la compagnie IBC Air présente comme une victoire pour la connectivité nationale. Les images du décollage ont suscité enthousiasme et fierté, symboles d’un pays qui veut encore croire en la modernité. Mais derrière l’euphorie se cache une dure réalité : 1 600 dollars pour un aller-retour. Pour la plupart des Haïtiens, le rêve de voyager s’envole aussitôt.
Ce vol, salué comme historique, illustre parfaitement la contradiction d’un progrès qui exclut. L’initiative met en lumière le prestige du sud, mais son coût en fait un luxe réservé à quelques privilégiés. Dans un pays où tant de personnes ont du mal à se nourrir, comment justifier un billet qui dépasse largement le revenu annuel moyen ? Le ciel s’ouvre, mais pas pour tout le monde.
Ce projet aurait pu incarner une renaissance économique pour Les Cayes : revitalisation du tourisme, facilitation des échanges commerciaux, nouvelle dynamique régionale. Mais à ce prix, il risque de renforcer l’idée d’un pays à deux vitesses, où la modernité a un coût élevé. Une innovation qui, au lieu d’unir, creuse encore davantage les écarts.
IBC Air se félicite d’avoir fait tomber une barrière technique, sans s’attaquer à la barrière sociale qu’elle érige en parallèle. Aucune mesure d’inclusion, aucune réduction prévue : ici, le progrès se mesure en prestige, pas en accessibilité.
Les Cayes peuvent désormais atteindre le ciel, mais tant que la majorité restera au sol, ce vol ne sera pas celui du peuple haïtien. Ce sera celui d’une élite qui, depuis les hauteurs, continuera à confondre luxe et développement.
Lakay Info509
contact@lakayinfo509.com
+509 3706 8096
©️ Novembre 2025. Tous droits réservés. Reproduction interdite, même partielle, à des fins lucratives ou de propagande sans autorisation préalable.

