Moins frappée que la Jamaïque, Haïti paie pourtant le plus lourd tribut à l’ouragan Melissa
L’ouragan Melissa, classé en catégorie 5 avant de s’affaiblir, a dévasté la Jamaïque, mais c’est en Haïti que la tragédie humaine s’est avérée la plus grave. Alors que l’île voisine compte quatre morts, selon les autorités locales, Haïti a déjà déploré 25 morts, 17 blessés et 18 personnes disparues, selon la Protection civile. Ce contraste soulève des questions : comment un pays moins touché peut-il connaître une tragédie aussi disproportionnée ?
Melissa n’a pas frappé Haïti de plein fouet. Cependant, les pluies torrentielles et les vents périphériques ont suffi à provoquer des inondations, des glissements de terrain et des destructions massives. Dans plusieurs villes du sud, dont Petit-Goâve, des maisons ont été emportées par la montée soudaine des eaux. Cette situation récurrente témoigne d’une fragilité structurelle : infrastructures dégradées, urbanisation incontrôlée et État incapable de protéger les zones les plus exposées.
Chaque ouragan se déroule selon le même scénario : évaluations, promesses, appels à la solidarité. Rien ne change. Haïti n’a pas de plan d’évacuation efficace, pas de système d’alerte fiable, pas de politique de prévention durable. Le pays réagit toujours après la catastrophe, jamais avant. La répétition de ces tragédies prouve que le problème n’est plus naturel, mais institutionnel. Ce n’est pas la pluie qui tue, mais l’absence d’un État capable de planifier, d’organiser et de protéger.
La vulnérabilité d’Haïti est également sociale. Lorsque la majorité de la population vit dans des zones à haut risque, sans ressources ni logements solides, chaque tempête devient une condamnation à mort. La pauvreté transforme les conditions météorologiques en tragédie. L’ouragan Melissa, comme d’autres avant lui, révèle ce que la pauvreté cache : une population abandonnée, condamnée à survivre entre indifférence et impuissance.
Cette nouvelle tragédie devrait marquer un tournant. Les catastrophes climatiques vont se multiplier et s’intensifier. Continuer à compter les morts sans repenser la prévention serait un crime collectif. Haïti doit investir dans la résilience, renforcer ses institutions et adopter une politique de gestion des risques digne d’un pays exposé à de tels dangers. Il ne peut y avoir de développement sans sécurité face aux catastrophes.
Melissa s’éloigne, mais elle laisse derrière elle une leçon amère : Haïti n’a plus besoin d’être frappé pour s’effondrer. Il suffit d’une rafale de vent, d’une averse, d’une négligence. Tant que la gouvernance restera aussi fragile que les toits qu’elle ne parvient pas à protéger, chaque ouragan, même lointain, transformera Haïti en un pays en deuil.
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