Ne nous laissez plus sur le banc : la jeunesse exige son rôle
En Haïti, une nouvelle génération se lève avec force et détermination. Étudiants, jeunes professionnels, entrepreneurs, artistes et militants communautaires interpellent le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé : ils veulent être enfin entendus et prendre part aux décisions qui façonnent l’avenir du pays. Leur message est clair : la jeunesse ne peut plus rester sur le banc.
Depuis des décennies, elle observe impuissante l’instabilité politique, le chômage massif et la fuite des cerveaux, tout en étant exclue des espaces de décision. Cette situation paradoxale nourrit frustration et colère, mais aussi une volonté irrépressible de changement. Les jeunes Haïtiens refusent d’être de simples spectateurs : ils exigent de devenir des acteurs à part entière de la reconstruction nationale.
Leurs témoignages racontent des réalités vécues. Marie-Andrée, ingénieure civile, explique que malgré des années de formation parfois difficiles, elle et ses pairs restent exclus des lieux où se prennent les décisions essentielles. Jean-Robert, économiste, rappelle que la jeunesse est présentée comme l’avenir du pays, mais que cet avenir ne peut se construire sans qu’elle participe dès aujourd’hui à l’élaboration des politiques publiques. Nadège, spécialiste en technologies de l’information, souligne que de nombreux jeunes veulent rester et travailler en Haïti, mais qu’ils ont besoin de perspectives concrètes et d’une réelle intégration dans l’administration publique. Ces voix traduisent une aspiration commune : passer du statut d’observateurs à celui d’acteurs du changement.
Cette mobilisation ne se limite pas à une critique. Elle est porteuse de propositions concrètes. Les jeunes souhaitent voir leurs compétences intégrées dans les ministères stratégiques, la création de conseils consultatifs pour orienter les politiques publiques, l’ouverture de concours transparents permettant l’accès à la fonction publique, le soutien à l’innovation et à l’entrepreneuriat, ainsi qu’une réforme de l’éducation adaptée aux réalités du pays. Gouverner autrement, pour eux, signifie gouverner avec toutes les forces vives, en combinant l’expérience des aînés à l’énergie et à la créativité des nouvelles générations.
Ignorer cette génération, c’est fragiliser la crédibilité du futur gouvernement et accentuer le fossé entre l’État et la société. Lui offrir une place réelle serait au contraire un signal fort, capable de redonner confiance et espoir dans l’avenir. La jeunesse haïtienne ne veut plus être un simple symbole. Elle se considère comme une ressource stratégique, prête à innover et à construire malgré les contraintes.
L’avenir du pays se joue maintenant, et il ne pourra se construire durablement sans ceux qui devront le porter demain. La jeunesse haïtienne l’a compris, et elle est déterminée à rappeler qu’elle n’est plus disposée à attendre.

