Noël à Port-au-Prince : vive la fête… dans la décharge !
Alors que le monde entier illumine ses lumières de Noël, Haïti avance vers un mois de décembre sans éclat, sans chaleur, sans cet esprit que nous appelons la joie de Noël. À Port-au-Prince, Pétion-Ville, Delmas, La Plaine, partout, le même scénario se répète : des rues jonchées de détritus, des trottoirs transformés en dépotoirs, des quartiers tenus en otage par le bruit des coups de feu. Nous sommes le 3 décembre , mais rien, absolument rien, ne laisse présager l’approche de Noël.
Au lieu de guirlandes, ce sont des sacs déchirés qui brillent.
Au lieu d’arbres de Noël, ce sont des montagnes d’ordures qui règnent en maîtres.
Au lieu de chants de Noël, ce sont les échos des coups de feu qui déchirent la soirée.
La capitale avance ainsi, sans magie, sans esprit, sans ce petit frisson que décembre devrait apporter.
À Pétion-Ville, l’un des plus grands symboles de contraste du pays, le spectacle est brutal. Les coins de rue disparaissent sous des montagnes d’ordures si imposantes qu’elles sont contournées comme des barricades improvisées.
« Nous vivons dans un quartier prestigieux, mais nous marchons dans le désordre », s’exaspère un habitant de Meyotte.
Un autre, à Vivy Mitchell, soupire :
« Nous ne voyons pas Noël. Nous ne voyons que l’abandon. »
Et la question revient avec insistance :
Que fait le magistrat de Pétion-Ville pendant que la ville étouffe ?
Qui devrait ramasser ces ordures ?
Qui devrait préparer la ville pour les fêtes ?
Pourquoi Pétion-Ville ne brille-t-elle que dans les publicités, mais jamais dans ses rues ?
Dans le bas de Delmas, la situation est tout aussi alarmante. Les trottoirs sont recouverts de couches de saleté qui avancent comme une marée lente et toxique. Certains commerçants doivent eux-mêmes dégager un passage pour permettre à leurs clients d’accéder à leurs magasins. Delmas connaît le même mois de décembre morose, sans décorations ni ambiance, comme un mois qui refuse d’exister.
Sur la route de Frères, les sapins de Noël ne dominent plus le paysage. À la place, on trouve des tas d’ordures, parfois dangereux, parfois brûlés, souvent ignorés. Ils gisent à la vue de tous, comme la preuve vivante d’un pays qui n’a plus la force de se relever.
Et pourtant, malgré tout, la résistance s’organise.
Sur les trottoirs de Gérald Bataille, les habitants marchent entre les flaques d’eau, les ordures et les restes de la veille, comme des funambules sur un fil instable.
« On se débrouille. On n’a jamais eu le choix », explique un chauffeur de tap-tap qui slalome entre les montagnes d’ordures.
Noël n’est plus une fête.
Noël devient une lutte.
Un acte de résistance contre l’abandon généralisé.
Dans cette atmosphère grise, tout un pays tente néanmoins de créer un souffle d’air frais, une étincelle, un geste d’espoir. Quelques familles accrochent des guirlandes, même si elles sont de travers. Quelques commerçants installent des petites lumières, même si elles sont fragiles. Quelques enfants rêvent encore, malgré le chaos.
Mais la vérité est là, crue et douloureuse :
En Haïti, le désordre a remplacé les décorations. Le chaos a remplacé la magie. Et l’esprit de Noël peine à trouver sa place.
Cependant, une question essentielle et frontale reste en suspens, planant sur ce mois de décembre désorienté :
Qui rallumera la lumière, si même Noël ne peut plus le faire ?
Lakay Info509
contact@lakayinfo509.com
+509 3706 8096
©️ Décembre 2025. Tous droits réservés. Reproduction interdite, même partielle, à des fins lucratives ou de propagande sans autorisation préalable.

