Pendant que le pays pleure, à qui profite encore la fête ?
En Haïti, le mois de décembre arrive comme une habitude, presque une injonction : décorer, célébrer, faire semblant. Mais cette année encore, une question s’impose avec brutalité : pour qui est-ce que ce pays fonctionne encore ? Qui a réellement le droit de fêter pendant que d’autres enterrent leurs morts, fuient leurs quartiers ou vivent cloîtrés par la peur ?
Comment parler de joie dans un pays où la sécurité est devenue un privilège rare ? Comment allumer des guirlandes quand l’obscurité règne sur les routes, dans les quartiers, dans les esprits ? La fête, dans un tel contexte, ressemble parfois à une indifférence collective, à une parenthèse artificielle imposée à une réalité tragique.
La douleur d’un peuple ne disparaît pas sous les décorations. Elle ne se couvre pas de musique ni de feux d’artifice. En Haïti, ce qui manque n’est pas l’ambiance festive, mais l’essentiel : la paix, la stabilité, la possibilité de circuler sans craindre de ne jamais rentrer. La vraie fête, celle que le peuple attend, c’est la dignité retrouvée, la justice rendue, la liberté de vivre sans peur.
En cette fin d’année, nombreux sont ceux qui ne demandent ni cadeaux ni célébrations grandioses. Ils espèrent simplement retrouver leurs proches, traverser la ville sans terreur, passer une journée sans sirènes ni deuil. Ils aspirent à respirer un peu d’espoir, dans un pays où l’avenir semble constamment repoussé.
Décembre ne devrait pas être une trêve de façade, encore moins un écran pour masquer l’effondrement. Il devrait être un temps de lucidité, un moment pour regarder la réalité en face et reconnaître la souffrance collective. Il devrait surtout être un appel à la solidarité, à la compassion et à l’action.
Car un pays ne se reconstruit pas avec des slogans festifs, mais avec du courage politique, de la responsabilité et un profond respect pour la vie humaine. Tant que ces valeurs resteront absentes, la fête sonnera creux. Et la question demeurera, insistante, dérangeante : pour qui, aujourd’hui, Haïti fonctionne-t-elle encore ?

