Plus que jamais, le moment est venu pour Alix Didier Fils-Aimé de prendre des décisions justes, claires et décisives pour répondre aux urgences du pays
Depuis la fin du Conseil présidentiel de transition, le 7 février 2026, la scène politique haïtienne a connu un basculement majeur. La gouvernance collégiale a disparu et le chef du gouvernement se trouve désormais seul face à l’ensemble des responsabilités exécutives. Cette concentration du pouvoir simplifie la chaîne de commandement, mais elle place également une pression sans précédent sur l’homme au pouvoir : les résultats doivent suivre, et vite.
Pendant des mois, les lenteurs de l’action publique ont été expliquées par les compromis internes et les arbitrages interminables. Ces prétextes ne tiennent plus. Le temps des procédures dilatoires est révolu ; la population attend des actions concrètes sur trois fronts prioritaires : la sécurité, le pouvoir d’achat et la relance économique. Chacun de ces chantiers exige des réponses opérationnelles et mesurables, pas de discours ni de promesses vagues.
Sur le plan sécuritaire, la reconquête des zones en tension reste l’épreuve de vérité. Les institutions de l’État et les forces de l’ordre doivent retrouver capacité d’intervention et contrôle du territoire, sans pour autant accroître la vulnérabilité des civils. Cela demande une stratégie claire, une combinaison de présence civile, de coordination sécuritaire locale et de mesures sociales ciblées, ainsi que des résultats visibles dans les quartiers et communes les plus touchés.
L’érosion du pouvoir d’achat est un autre front où l’exigence populaire est immédiate. La stabilisation des prix des produits de première nécessité, la régulation des marchés et des circuits d’approvisionnement plus transparents sont indispensables pour apaiser la colère quotidienne des ménages. Agir sur l’énergie, les importations alimentaires et les mécanismes de subvention ciblés doit faire partie des priorités opérationnelles du gouvernement.
La relance économique ne se limitera pas à des slogans : il faudra des mesures pour relancer l’activité formelle et informelle, sécuriser les investissements, soutenir les petites entreprises et rétablir des chaînes d’approvisionnement fiables. Ces mesures doivent être cohérentes, budgétairement soutenables et accompagnées d’un calendrier public pour que la population puisse évaluer les progrès.
Mais au-delà des résultats immédiats, la crédibilité du pouvoir dépendra aussi de la gouvernance. Transparence dans la gestion des ressources, reddition de comptes, lutte contre la corruption et cohérence des décisions sont des impératifs. Être seul aux commandes n’exempte pas de consulter les acteurs nationaux, société civile, acteurs économiques et autorités locales ; au contraire, cela impose d’ouvrir des canaux de dialogue pour renforcer l’acceptation sociale des réformes.
Enfin, le retour à l’ordre constitutionnel par des élections crédibles et inclusives demeure l’horizon politique essentiel. La feuille de route vers des élections doit être claire, documentée et accompagnée d’un calendrier réaliste. Sans perspectives sérieuses de sortie de la transition, la patience sociale s’amenuisera et la légitimité du pouvoir fragilisera encore davantage les institutions.
L’enjeu est simple et brutal : concentrer l’autorité, c’est concentrer la responsabilité. La population jugera désormais sur des résultats tangibles : sécurité retrouvée, prix stabilisés, activités relancées, décisions transparentes et calendrier électoral crédible. Chaque retard, chaque hésitation sera interprété comme une faute ; chaque succès sera scruté comme une revanche sur des mois d’incertitude.
Le défi est immense, mais il est aussi une opportunité. Faire preuve de décision, de clarté et d’efficacité est la manière la plus sûre de rendre espoir à une nation fatiguée. Le verdict du peuple ne se limitera pas à des mots : il tombera sur la base de changements perceptibles dans la vie quotidienne. C’est dans ce miroir là que se jouera l’avenir immédiat de la transition.
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