Port-au-Prince : la colère des avocats s’intensifie contre Me Frantz Monclair, accusé de graves dérives
La mobilisation des avocats prend de l’ampleur devant le tribunal de première instance de Port-au-Prince, à Puits-Blain. Ils réclament, avec une détermination grandissante, la révocation immédiate de Me Frantz Monclair, commissaire du gouvernement, accusé de corruption, d’abus de pouvoir et de pratiques jugées incompatibles avec l’intégrité de la fonction judiciaire.
Le mouvement a été lancé le 21 juillet par un sit-in qui bloquait l’accès au Palais de Justice. Mais c’est le lundi 28 juillet que la situation a brusquement dégénéré. Selon plusieurs témoins, Me Monclair se serait présenté au Parquet accompagné d’hommes armés, certains cagoulés, dans une tentative perçue comme une manœuvre d’intimidation à l’encontre des protestataires. Ce geste a été vécu comme une provocation, renforçant la détermination des avocats à faire tomber celui qu’ils accusent de ternir l’image de la justice haïtienne.
Des allégations graves s’accumulent à l’encontre du commissaire. Il lui est reproché d’avoir promis la libération de certains détenus, à condition qu’ils soutiennent son maintien à son poste, y compris dans des affaires dépassant largement le cadre de simples délits. Des cas d’homicide, selon des protestataires, auraient été traités avec une légèreté inquiétante, suscitant la consternation dans les rangs du barreau.
Par ailleurs, Frantz Monclair est accusé de continuer à plaider comme avocat dans des affaires privées, alors qu’il exerce toujours la fonction de commissaire du gouvernement. Une double casquette dénoncée par ses confrères comme contraire aux principes élémentaires d’impartialité et à l’éthique judiciaire. « Un commissaire ne peut pas être en même temps un avocat d’affaires privées », fustige un avocat protestataire. « C’est une violation flagrante de la déontologie ».
Depuis le début du mouvement, l’entrée du Palais de Justice est restée bloquée. Les avocats dénoncent une dérive autoritaire et une corruption institutionnalisée au sein du Parquet, qu’ils qualifient de « zone de rançon ». Ils accusent Monclair d’avoir transformé son bureau en espace de transaction illégale, évoquant même la découverte d’objets compromettants sur les lieux, preuve selon eux du « désordre moral » qu’il incarne.
Plusieurs organisations de défense des droits humains, comme l’INDDESC et l’OCNH, appuient le mouvement. Elles citent notamment l’agression en mai dernier d’une huissière de justice, dont l’agresseur aurait été libéré sans justification légale. Ces exemples, soulignent-elles, illustrent l’effondrement progressif d’un système judiciaire déjà miné par la violence et l’instabilité du pays.
Alors que l’insécurité s’intensifie dans la capitale, les manifestants déplorent le silence du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) et du ministère de la Justice. Ils appellent à une réforme d’urgence et menacent de saisir l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) si aucune mesure n’est prise pour enquêter sur les accusations qui visent Frantz Monclair.
Dans un contexte où les gangs armés dictent leur loi sur près de 80 % du territoire de Port-au-Prince, les avocats protestataires affirment que l’effondrement de la justice constitue une menace aussi grave que l’insécurité elle-même. Ils exigent une réaction immédiate de l’État. Tant que Me Monclair restera en poste, ils refusent de reprendre le travail. Pour eux, la justice haïtienne joue sa crédibilité et son avenir.
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