Quand Haïti se tait : la diplomatie du silence face à un ancien allié
Plusieurs jours après la capture du président vénézuélien par Washington, un constat s’impose : les autorités haïtiennes n’ont pas dit un mot. Pas de réaction officielle, pas de rappel au droit international, pas même une déclaration de circonstance. Un silence qui en dit long.
À première vue, ce mutisme peut être interprété comme un acte de prudence diplomatique. Haïti, affaiblie sur tous les plans, dépend largement de l’appui politique et sécuritaire des États-Unis. Dans un tel contexte, toute prise de position jugée contraire aux intérêts de Washington pourrait coûter cher. Se taire devient alors une stratégie de protection, voire de survie.
Mais cette prudence frôle dangereusement l’effacement de la mémoire collective.
Le Venezuela n’a pas été un partenaire ordinaire pour Haïti. À travers le programme PetroCaribe, Caracas a offert au pays une chance rare de financer son développement sans étranglement immédiat. Routes, hôpitaux, écoles, énergie : les ressources existaient. Si cette opportunité a été sabotée, ce n’est pas par manque de solidarité vénézuélienne, mais par la mauvaise gouvernance et la corruption des élites haïtiennes.
Le silence actuel donne l’impression qu’Haïti renie cette histoire. Qu’un pays qui a tendu la main peut être oublié au gré des rapports de force. Or, une diplomatie sans mémoire est une diplomatie sans dignité.
Haïti est certes faible, mais elle n’est pas condamnée à l’amnésie. Même dans la retenue, un État peut rappeler des principes, évoquer des liens historiques, affirmer son attachement à la souveraineté des nations. En choisissant le silence absolu, les dirigeants haïtiens envoient un message troublant : la prudence a pris le pas sur la reconnaissance, et l’intérêt immédiat sur l’honneur.
Ce silence n’est pas seulement diplomatique. Il est politique. Il est moral. Et il mérite d’être interro

