Réforme du droit des affaires en Haïti : Quand le Ministère du Commerce snobe l’expertise locale au profit des calculs politiques
Alors que s’ouvre ce mardi un atelier crucial sur la modernisation du droit des affaires en Haïti, une absence marquante jette une ombre sur la crédibilité du processus. Me Ikenson Edumé, magistrat et auteur du premier manuel complet de droit des affaires haïtien, a été écarté des discussions. Une décision qui soulève des questions sur les véritables motivations derrière cette réforme
L’hôtel Kinam, à Pétion-Ville, accueille depuis ce matin les travaux préparatoires à l’avant-projet de décret relatif à la création de l’Entreprise Individuelle à Responsabilité Limitée (EIRL) et à la refonte du droit des sociétés. Pourtant, malgré l’importance de l’événement, une figure majeure du droit des affaires haïtien brille par son absence : Me Ikenson Edumé, magistrat et auteur du Manuel et pratique du droit des affaires en Haïti (2022), ouvrage de référence salué tant localement qu’à l’international.
Comment expliquer qu’un juriste ayant systématisé et modernisé la pensée du droit des affaires en Haïti soit exclu d’une réforme censée incarner le progrès ? La question agite la communauté des juristes d’affaires, qui y voient un signe supplémentaire de la politisation des réformes juridiques.
Publié aux Éditions Mutations Contemporaines en France, le manuel de Me Edumé ne se contente pas d’être un traité théorique. Il propose une analyse approfondie du droit des sociétés, des sûretés, des procédures judiciaires et même… de l’EIRL, précisément l’un des sujets centraux de l’atelier organisé par le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) sous la houlette de James Monazard.
Selon plusieurs sources concordantes, le ministre Monazard aurait sciemment écarté Me Edumé, préférant s’entourer de consultants politiquement alignés ou proches des cercles économiques traditionnels. Une manœuvre qui, pour de nombreux observateurs, trahit une logique de clientélisme plutôt qu’une réelle volonté de modernisation.
Cette exclusion s’inscrit dans une tendance plus large : celle d’un État haïtien qui marginalise trop souvent ses propres experts au profit de réseaux d’influence. Me Edumé, magistrat et universitaire, incarne pourtant le type de profil dont Haïti a cruellement besoin : des professionnels formés, engagés, et porteurs d’une vision claire pour la refondation des institutions.
Alors que les travaux débutent, la pression monte pour que le MCI revoie sa copie. Plusieurs voix s’élèvent pour exiger l’inclusion des véritables experts, ceux qui ont consacré des années à penser et structurer le droit des affaires haïtien.
En ces temps de crise institutionnelle, Haïti ne peut se permettre des réformes tronquées, dictées par l’opportunisme plutôt que par l’intérêt général. L’absence de Me Edumé dans ce processus n’est pas qu’une injustice personnelle – c’est un symbole de plus des travers qui entravent la reconstruction du pays.
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