Ronald Bazile, PDG des promesses : l’Office National d’Assurance-Vieillesse se modernise… sur PowerPoint
Ronald Bazile proclame la révolution à l’ONA pendant que les retraités jouent au téléphone arabe pour toucher leurs rentes. Entre notes de service triomphantes et services en ligne que personne n’arrive à charger, la grande réforme ressemble davantage à une présentation bien léchée qu’à une remise à flot réelle de la caisse.
On nous promet la rupture, mais sur le terrain la routine s’accroche comme une vieille affiche qui refuse de se détacher. Depuis son arrivée à la direction générale, Bazile se plaît à dérouler un récit du changement qui fait vibrer les bureaux de communication. Communiqués pompeux, photos d’inauguration, sourire institutionnel, tout y est. Ce qui manque aux yeux de nombreux agents et usagers, ce sont des résultats palpables, des chiffres précis et des guichets qui fonctionnent sans qu’on doive supplier encore et encore.
Le fameux plan de développement de carrière est vendu comme un antidote au clientélisme. C’est une promesse séduisante. Mais sans critères transparents, sans observateur extérieur et sans calendrier vérifiable, la promesse peut se muer en chiffon administratif censé masquer l’ancien système. Des employés qui ont attendu des promotions pendant vingt ans observent que les lettres de nomination arrivent parfois comme des cadeaux mal étiquetés, sans explication sur les critères retenus ni sur la méthode de régularisation des salaires. La méfiance s’installe quand la modernisation se limite à changer l’enrobage des mêmes pratiques.
La digitalisation, nouvel étendard de la direction, pose une question simple. Faut-il moderniser pour moderniser ou moderniser pour résoudre les problèmes quotidiens des assurés et des retraités ? L’idée d’offrir des services en ligne est logique et souhaitable. Mais dans un contexte où l’accès à Internet et à l’électricité reste aléatoire, la mise en ligne sans accompagnement massif et sans points d’accès physiques et sécurisés risque d’exclure encore plus de monde. Les transformations pour les élites connectées ne valent guère si les pensionnés des zones rurales continuent de faire queue sous la pluie pour toucher quelques gourdes.
Le partenariat avec l’Université d’État est présenté comme la preuve d’une vision à long terme. Les chaires, les colloques et les conférences sont agréables à afficher. Cependant la question fondamentale reste la suivante : y a-t-il derrière ces logos des financements dédiés, des programmes de recherche appliquée et des mécanismes pour traduire la théorie en pratiques concrètes au profit des assurés ? Sans cela, la chaire devient un ornement académique qui embellit les communiqués sans améliorer les files d’attente.
La gestion financière et la transparence constituent le nerf de la guerre pour une caisse de pension. Annuler des privilèges qui semblaient indus est une décision défendable. Mais l’absence d’audits publics détaillés et la rareté des rapports circonstanciés nourrissent les rumeurs et délégitiment les bonnes intentions. Les citoyens demandent des comptes clairs et périodiques, des tableaux de bord accessibles et des preuves que les ressources sont mobilisées pour payer les pensions aujourd’hui et garantir les rentes demain.
Enfin, la rhétorique du dialogue social sonne creuse quand la consultation ressemble à une série de rencontres publiques sans suite mesurable. Consulter ne veut pas dire satisfaire. Les syndicats réclament des engagements écrits, des délais serrés et la mise en place d’un comité de suivi indépendant. Tant que les promesses resteront verbales et les mesures vagues, la satire sociale continuera d’alimenter les conversations autour des machines à café.
Réformer l’ONA n’est pas un exercice de style. Ce n’est pas un concours de belles présentations ni une succession de photos d’inauguration. La vraie réforme se reconnaîtra à la fluidité des paiements, à la confiance restaurée des cotisants et à des procédures claires pour la carrière des employés. Tant que ces preuves concrètes ne seront pas apportées, les annonces resteront des promesses habillées pour les caméras.

