Sanctionnés hier, moralistes aujourd’hui : taisez-vous et rendez des comptes
La parole publique n’est pas un droit automatique. Elle se mérite. En Haïti, elle doit être liée à un bilan, à des actes et à la responsabilité. Ceux qui ont exercé le pouvoir et qui ont contribué, par leurs décisions, leurs silences ou leurs complicités, à l’effondrement de l’État ne peuvent aujourd’hui se présenter comme des guides moraux sans avoir rendu de comptes.
Les faits sont clairs et documentés. En 2025, les États-Unis ont sanctionné des individus et des réseaux liés à la coalition armée dite Viv Ansanm. Ces sanctions ont entraîné des gels d’avoirs et des restrictions financières. Elles ne sont pas symboliques. Elles indiquent que, selon des enquêtes internationales, certains acteurs ont participé au financement, à l’organisation ou à la facilitation de la violence armée qui ravage le pays.
Dans le même temps, le Conseil de sécurité des Nations unies a renforcé le régime de sanctions contre les trafics d’armes et les facilitateurs de l’insécurité en Haïti. Ce signal multilatéral confirme une réalité essentielle. La crise haïtienne n’est ni abstraite ni accidentelle. Elle est alimentée par des personnes identifiables, des réseaux connus et des responsabilités politiques et économiques précises.
En 2026, la pression internationale s’est accentuée. Des restrictions de visas et d’autres mesures ont visé des responsables perçus comme liés à ces réseaux violents. Parallèlement, des poursuites judiciaires ont été engagées aux États-Unis contre des chefs de gangs à partir d’enquêtes approfondies. Ces démarches montrent que les sanctions reposent sur des éléments concrets et non sur des rumeurs ou des calculs politiques.
Il ne s’agit pas de nier la présomption d’innocence. Mais il est inacceptable que des personnes soupçonnées de liens avec la violence puissent revenir sur la scène publique comme si rien ne s’était passé. On ne donne pas de leçons quand on refuse de publier son bilan. On ne prêche pas la morale quand on se soustrait à la transparence financière. On ne parle pas au nom du peuple quand on n’a jamais rendu de comptes au peuple.
Certes, les sanctions internationales peuvent produire des effets collatéraux. Elles doivent être appliquées avec discernement afin de ne pas pénaliser les populations. Mais cet argument ne peut servir d’alibi pour blanchir politiquement ceux qui ont failli. La responsabilité politique et morale ne disparaît pas parce qu’elle dérange.
La société haïtienne est donc en droit d’exiger des règles claires. Toute personne ayant exercé des responsabilités majeures doit publier un bilan détaillé. Toute personne sanctionnée pour des faits liés à la violence ou à la corruption doit être temporairement écartée des fonctions stratégiques, avec la possibilité de se défendre devant la justice. L’État doit coopérer pleinement avec les instances internationales afin de transformer les sanctions en enquêtes nationales crédibles. La jeunesse et la société civile doivent être pleinement associées au contrôle de ces processus.
Ce n’est ni de la vengeance ni de la censure. C’est une exigence minimale de crédibilité. La souveraineté ne protège pas l’impunité. Elle s’exerce par la vérité, la justice et la responsabilité.
Aux anciens dirigeants qui reviennent aujourd’hui en donneurs de leçon, le message est simple. Commencez par vos actes. Publiez vos comptes. Expliquez vos décisions. Dites clairement ce que vous avez fait ou refusé de faire pour éviter la tragédie actuelle. Sans cela, votre parole n’éclaire rien. Elle entretient la confusion.
Haïti n’a pas besoin de discours recyclés. Elle a besoin de clarté, de vérité et d’une rupture nette avec l’hypocrisie politique. Tant que ce travail de reddition de comptes ne sera pas accompli, une seule exigence demeure légitime. Taisez-vous et rendez des comptes. Laissez la jeunesse reconstruire le pays.

