Transition CPT : le provisoire devenu permanence de l’échec
Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) quitte la scène, et il le fait exactement comme il a gouverné : en laissant derrière lui un vide criant et une sensation persistante que tout ce qu’il a touché s’est dégradé. Présenté comme un « rempart temporaire contre le chaos », il s’est révélé être un spectacle grotesque d’incapacité organisée, où le provisoire s’est mué en une permanence de l’inefficacité.
La mission officielle du CPT était limpide : sécuriser le pays, stabiliser l’État, rassembler les forces politiques et préparer des élections crédibles. La mission réelle ? Occuper les fauteuils, diluer les responsabilités, cultiver le népotisme et transformer l’inertie en art de gouverner. Les réunions se sont succédé, les communiqués ont fleuri, mais le pays, lui, s’est enfoncé dans l’insécurité et le désarroi.
L’insécurité, cette compagne quotidienne des Haïtiens, n’a pas été contenue ; elle a été institutionnalisée. Les groupes armés ont prospéré, des quartiers entiers sont devenus hors contrôle, et la population s’est vue confier pour seule protection… le silence et les promesses creuses. Gouverner, pour le CPT, signifiait parler beaucoup pour ne rien faire, jouer au pouvoir tout en s’en détachant.
Politiquement, le CPT a prouvé qu’un pouvoir transitoire pouvait surpasser la permanence dans l’art de la déception. Népotisme, calculs d’ego, arrangements opaques : tout y était. L’organe supposé être un pont vers la stabilité s’est transformé en terrain de jeu pour ambitions personnelles, un laboratoire de querelles intestines où la population n’était qu’un décor. L’unité, la transparence et la responsabilité ont été remplacées par la division, le secret et l’indifférence.
Institutionnellement, le bilan est inexistant : aucune réforme, aucun calendrier crédible, aucun mécanisme de reddition de comptes. Tout ce qui aurait pu être temporaire a été retardé, dilué ou oublié. Le CPT s’est contenté de survivre au chaos plutôt que de le combattre, laissant le pays sombrer à petit feu sous son regard impuissant.
Alors que le CPT s’apprête à tirer sa révérence, il laisse derrière lui un pays plus fragile, plus fracturé, plus méfiant. Sa transition n’a été ni un passage ni un pont, mais un spectacle de procrastination, une démonstration éclatante que le provisoire peut durer… mais que la souffrance, elle, ne s’en va jamais.
Le CPT s’en va sans excuses, sans bilan, mais avec la certitude de nous avoir rappelé une vérité amère : en Haïti, on peut toujours prétendre gouverner tout en gérant magistralement son incapacité. Et pour cela, il mérite une ovation… silencieuse.

