Une « force de suppression des gangs » en Haïti suscite des inquiétudes et des doutes quant à la souveraineté
La proposition des États-Unis et du Panama de transformer la mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya en une « force de suppression des gangs » suscite un vif débat. Présentée jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU, cette initiative vise à rendre la mission plus offensive, avec 5 500 officiers en uniforme et une plus grande autonomie vis-à-vis de la police nationale haïtienne (PNH). Mais derrière cette annonce, des questions persistent quant à son efficacité réelle et son impact sur la souveraineté du pays.
Depuis plus d’un an, le MMAS peine à produire des résultats tangibles. Les violences des groupes armés continuent de paralyser la vie quotidienne en Haïti, malgré les promesses de soutien international. La transition vers une force plus musclée peut apparaître comme une solution nécessaire, mais de nombreux observateurs estiment que cette approche reste centrée sur la répression militaire, sans s’attaquer aux racines profondes de la crise haïtienne.
En effet, la dépendance quasi-totale du pays à l’égard des forces étrangères pose question. Alors que la Police Nationale d’Haïti (PNH) est affaiblie par le manque de ressources, le nouvel arrangement proposé pourrait reléguer l’institution nationale au second plan, accentuant la fragilité de l’appareil sécuritaire haïtien. Une telle configuration pourrait reproduire le schéma des interventions passées qui, loin d’apporter une stabilité durable au pays, ont souvent laissé un goût amer d’ingérence.
En outre, la question du financement reste sans réponse. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a souligné que les contributions volontaires ne suffisent pas à garantir la durabilité d’une mission de cette envergure. Sans un engagement ferme des Etats membres sous forme de contributions obligatoires, le risque est grand que cette force s’essouffle rapidement, laissant Haïti dans une nouvelle impasse sécuritaire.
Si certains Etats membres du Conseil de sécurité ont salué l’initiative, la population haïtienne reste divisée. Beaucoup craignent que la création d’une « force de répression » ne rouvre de vieilles blessures liées aux interventions internationales, souvent perçues comme des solutions imposées de l’extérieur. Dans un contexte marqué par la méfiance à l’égard des puissances étrangères, cette proposition soulève une question cruciale : Haïti peut-elle réellement espérer retrouver la sécurité en confiant son avenir à une nouvelle mission internationale plus offensive, mais tout aussi dépendante ?
Lakay Info509
contact@lakayinfo509.com
+509 3706 8096
©️ Août 2025. Tous droits réservés.
Reproduction interdite, même partielle, à des fins lucratives ou de propagande sans autorisation préalable.

