Village de Dieu cinq ans après : un quartier encore marqué par la violence et l’impunité
Port‑au‑Prince, Haïti, 12 mars 2026
Cinq ans après le drame du 12 mars 2021, le quartier de Village de Dieu reste un symbole de l’incapacité de l’État à imposer la sécurité face aux gangs armés. Ce jour-là, une opération de la Police Nationale d’Haïti (PNH) visant à démanteler le gang 5 Segond a tourné au désastre, faisant plusieurs morts parmi les forces de l’ordre.
Un embuscade meurtrière
Lors de l’opération, les policiers ont été pris au piège par les bandits armés, subissant des pertes humaines considérables. Des véhicules blindés ont été détruits et plusieurs agents ont été tués ou grièvement blessés. Le bilan exact reste controversé, certains médias évoquant plus de huit policiers tués tandis que d’autres parlent de trois à cinq victimes directes et de nombreux blessés. Cette attaque a montré la capacité des gangs à déjouer les stratégies policières et à exploiter les failles du système sécuritaire.
Conséquences immédiates
Le drame a provoqué un choc au sein de la PNH et de l’opinion publique. La capacité opérationnelle de la police a été sérieusement affaiblie dans la zone. Les gangs ont récupéré du matériel militaire et consolidé leur contrôle sur le quartier. La population civile vit dans la peur, certains quittant leur domicile ou se retrouvant pris entre les affrontements. Ces conséquences ont ouvert la voie à l’essor de nouvelles structures criminelles, certains groupes existants s’alliant pour étendre leur territoire et asseoir leur pouvoir.
L’essor des gangs armés
Après le drame, Village de Dieu est devenu un centre névralgique pour les gangs. Le vide sécuritaire a favorisé la naissance ou l’extension de plusieurs groupes armés, qui ont imposé leur loi sur les routes commerciales, les quartiers résidentiels et les activités économiques locales. Le gang 5 Segond a continué de jouer un rôle central, mais d’autres groupes ont émergé, formant parfois des alliances comme la fédération G‑9 an Fanmi e Alye, dirigée par Jimmy “Barbecue” Cherizier.
Situation cinq ans après
Malgré les opérations ponctuelles menées par la PNH et le soutien international limité, la sécurité reste précaire. Les interventions, souvent ponctuelles, n’ont pas permis de restaurer une présence étatique durable. Village de Dieu demeure un symbole de l’échec des stratégies traditionnelles de sécurité.
Que peuvent faire les autorités
Pour rétablir l’ordre, plusieurs mesures sont préconisées. Une stratégie de sécurité globale combinant police, renseignement et coordination judiciaire. Garantir que toute opération s’accompagne de poursuites judiciaires pour limiter l’impunité. Accompagner la reprise de quartiers par la réhabilitation des infrastructures et programmes sociaux. Renforcer l’assistance logistique et technique aux forces haïtiennes avec la coopération internationale. Lutter contre la pauvreté, l’exclusion sociale et le chômage qui nourrissent le recrutement par les gangs. Cinq ans après le drame du 12 mars 2021, Village de Dieu reste un témoignage de la violence et de la fragilité de l’État en Haïti et la reconstruction de la sécurité dans ce quartier exige une approche combinant force, justice et développement social pour éviter que l’influence des gangs continue de s’étendre.

