Vives tensions à l’ONA : le Directeur général-adjoint dénonce des dérives graves dans la gestion de l’institution
Une crise ouverte secoue l’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA). Dans une correspondance officielle adressée au Directeur général, Ronald Bazile, le Directeur général-adjoint (DGA), D’Johnson Absolus, dénonce des décisions arbitraires, des abus d’autorité et de graves dérives administratives et financières au sein de l’institution.
Datée du 5 février 2026, la lettre révèle un climat de profonde tension à la tête de l’ONA. Le DGA affirme avoir, depuis sa prise de fonction le 18 février 2025, multiplié les démarches pour obtenir une rencontre avec le Directeur général afin d’aborder des questions cruciales liées à la gouvernance et à la transparence. Selon lui, ces demandes sont restées sans réponse.
Parmi les préoccupations soulevées figurent notamment la clarification des responsabilités entre la Direction générale et la Direction générale-adjointe, la supervision des directeurs de rayon, la gestion de la Direction de la Sécurité sociale, l’accès aux comptes financiers, l’état de la trésorerie, l’inventaire du patrimoine de l’ONA ainsi que l’examen du budget et des contrats en cours.
M. Absolus dénonce également son éviction de la présidence du Comité de crédit de l’ONA, fonction qu’il occupait depuis octobre 2025. Il affirme avoir été remplacé sans motif administratif, sans avertissement formel et sans qu’aucune faute professionnelle ne lui soit reprochée. Pour le DGA, cette décision est non seulement choquante, mais aussi révélatrice d’un malaise profond dans la gouvernance actuelle de l’institution.
Dans sa correspondance, le Directeur général-adjoint s’interroge publiquement sur les motivations réelles de ces décisions et sur les intérêts qu’elles pourraient dissimuler. Il estime que le silence persistant de la Direction générale ne fait qu’alimenter les soupçons et renforcer l’idée d’une gestion opaque, éloignée des normes de l’État de droit.
Face à la gravité des faits dénoncés, M. Absolus indique avoir saisi le ministre des Affaires sociales et du Travail (MAST), le Conseil d’administration des Organes de Sécurité sociale (CAOSS) ainsi que plusieurs organisations syndicales de l’ONA, dont le SE-ONA, le VTO et le SYNOPONA, afin qu’une enquête soit diligentée sans délai.
Le DGA rappelle par ailleurs avoir alerté la Direction générale sur la nécessité de sécuriser les archives et dossiers de l’ONA, notamment par la mise en place de structures temporaires à Delmas 75, avant l’invasion du siège de Delmas 17 par des gangs armés, événement ayant entraîné la perte de milliers de dossiers d’assurés.
S’appuyant sur la loi organique de l’ONA de 1967, il souligne que les attributions du Directeur général-adjoint sont clairement définies par la loi et ne peuvent être neutralisées par des décisions unilatérales. Il exige enfin des explications claires, écrites et motivées, tout en dénonçant des pratiques qu’il juge contraires aux principes fondamentaux de l’administration publique.
Cette affaire met en lumière de sérieuses tensions internes et soulève d’importantes interrogations sur la gouvernance de l’Office National d’Assurance-Vieillesse, une institution clé du système de sécurité sociale haïtien.

