Hans Joseph revient sur son passage à l’ULCC et appelle à une « chirurgie judiciaire » contre la corruption
Lundi 21 septembre 2026
Dans une vidéo préenregistrée, l’ancien directeur général de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), Hans Joseph, est revenu sur ses six années à la tête de l’institution. Il a présenté les principales actions menées durant cette période autour de trois axes : la déclaration de patrimoine, les enquêtes sur les faits présumés de corruption et la prévention, tout en appelant à une réponse judiciaire plus ferme.
Hans Joseph a commencé son intervention par un hommage à la mémoire de l’ancien président Jovenel Moïse, qui l’avait nommé directeur général de l’ULCC en 2020, alors qu’il était âgé de 34 ans. Il a exprimé sa reconnaissance pour la confiance qui lui avait été accordée.
« C’était l’honneur de ma vie », a-t-il déclaré.
L’ancien directeur général a également évoqué son départ de l’ULCC, décidé le 2 juillet 2026 par le gouvernement. Il a présenté cette décision comme relevant des prérogatives de l’exécutif, tout en soulignant que son successeur dispose, selon lui, de compétences et d’une expérience dans les domaines de l’audit et du contrôle.
La corruption au centre de son analyse
Revenant sur son expérience à la tête de l’ULCC, Hans Joseph estime que la corruption constitue l’un des principaux facteurs à l’origine des difficultés auxquelles Haïti est confrontée.
Il a notamment cité l’insécurité, la violence, l’impunité, le chômage, la faim, la pauvreté et les difficultés d’accès à l’éducation parmi les problèmes qu’il associe à ce phénomène.
« La corruption est le véritable mal du pays », a-t-il affirmé.
Selon lui, la lutte contre la corruption nécessite la mobilisation de compétences, de moyens et d’une volonté institutionnelle permettant d’appliquer les mécanismes de contrôle prévus par la loi.
Déclaration de patrimoine : plus de 120 dossiers transmis à la justice
Hans Joseph a présenté la déclaration de patrimoine comme l’un des principaux leviers utilisés durant son mandat.
Il affirme qu’après plusieurs campagnes de sensibilisation, l’ULCC a renforcé l’application des mécanismes prévus par la législation à l’encontre des agents publics qui ne respectaient pas leurs obligations. Il évoque notamment l’envoi de sommations et l’application de retenues sur salaire.
Selon les chiffres qu’il a avancés, plus de 120 dossiers pour défaut de déclaration de patrimoine ont été transmis à la justice.
Des maires, députés, sénateurs, ambassadeurs, directeurs généraux et ministres auraient notamment été concernés.
Hans Joseph affirme également qu’une augmentation de 535 % des déclarations de patrimoine a été enregistrée par rapport à l’année précédente. Il attribue cette progression aux mesures prises et aux actions de sensibilisation menées par l’ULCC.
Enquêtes : 68 rapports transmis aux autorités judiciaires
Le deuxième volet de son bilan concerne les enquêtes.
Hans Joseph affirme que son administration a transmis 68 rapports d’enquête à la justice, portant notamment sur des faits présumés de corruption, de détournement de ressources publiques, d’enrichissement illicite et de blanchiment impliquant des acteurs des secteurs public et privé.
Il a salué le travail des enquêteurs de l’ULCC et leur contribution à ces investigations.
L’ancien directeur général affirme par ailleurs que l’ULCC n’aurait produit que 14 rapports d’enquête au cours de ses 22 premières années d’existence, contre 68 durant son administration. Il présente cette comparaison comme un indicateur de l’intensification du travail d’enquête réalisé sous sa direction.
« Une chirurgie judiciaire » pour donner suite aux enquêtes
Après avoir évoqué les mécanismes de contrôle et d’enquête, Hans Joseph estime que le processus doit se poursuivre sur le terrain judiciaire.
Selon lui, les rapports transmis à la justice doivent pouvoir donner lieu aux suites prévues par la loi lorsque les faits sont établis.
« Dans la phase cancéreuse où se trouve le pays, l’aspirine et le Tylenol ne suffisent pas. Il faut certainement une chirurgie judiciaire pour éradiquer le mal », a-t-il déclaré.
Cette formule constitue le principal appel de son intervention en faveur d’une réponse judiciaire renforcée face à la corruption et à l’impunité.
Prévention : 53 clubs d’intégrité dans les écoles
Le troisième volet mis en avant par Hans Joseph concerne la prévention.
Il cite plusieurs campagnes de sensibilisation, des concours de dessin et de musique ainsi que différentes activités organisées dans les établissements scolaires.
L’ancien directeur général souligne surtout la création de 53 clubs d’intégrité dans des écoles publiques et privées.
Selon lui, ces initiatives visaient à promouvoir auprès des jeunes l’intégrité, l’honnêteté, l’éthique, le respect de la loi et le sens du bien commun.
« Pendant que nous nettoyons l’État, nous préparons ce que j’appelle la génération vertueuse de demain », a-t-il déclaré.
À travers ce volet préventif, Hans Joseph estime que la lutte contre la corruption doit également s’inscrire dans la durée, en agissant sur l’éducation et la formation civique des nouvelles générations.
Un engagement qu’il dit vouloir poursuivre
En conclusion, Hans Joseph a estimé que la lutte contre la corruption demeure un enjeu majeur pour Haïti. Son intervention aura ainsi porté successivement sur le contrôle des obligations des agents publics, le travail d’enquête et la prévention auprès des jeunes.
Malgré son départ de l’ULCC, décidé le 2 juillet 2026, l’ancien directeur général affirme vouloir poursuivre son engagement en faveur de l’intégrité, de la responsabilité publique et du respect de la loi.
« Il faut agir, et ensemble, on va agir », a-t-il conclu.
Harold Dorcent
