Opposition progressiste : plus de cinquante organisations exigent le départ d’Alix Didier Fils-Aimé et réclament un exécutif bicéphale
Pétion-Ville, 6 juin 2026 – Une vaste coalition regroupant des partis politiques, des organisations de la société civile et des mouvements citoyens de l’opposition progressiste a publié, ce samedi, une déclaration conjointe dénonçant ce qu’elle qualifie de « dérive autoritaire » du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé et appelant à la mise en place d’un pouvoir exécutif bicéphale pour conduire la transition.
Dans ce document signé par plus d’une cinquantaine d’organisations, les signataires estiment que la transition engagée après la mise en place du Conseil présidentiel de transition (CPT) s’est éloignée de ses objectifs initiaux et a débouché sur une concentration excessive du pouvoir entre les mains du Premier ministre.
Les organisations signataires soutiennent que le maintien au pouvoir d’Alix Didier Fils-Aimé après l’échéance du CPT constituerait une violation de l’esprit de la Constitution. Elles avancent que l’application de l’article 149 ne saurait justifier une prolongation de son mandat au-delà du 7 juin 2026, date qu’elles considèrent comme une limite constitutionnelle incontournable.
Dans leur déclaration, les représentants de l’opposition dénoncent également un « pacte national » qu’ils jugent exclusif et accusent l’exécutif d’avoir marginalisé les principaux acteurs politiques et sociaux du pays. Ils reprochent au gouvernement une gestion caractérisée, selon eux, par le népotisme, le clientélisme et l’inefficacité administrative.
Les signataires dressent par ailleurs un bilan sévère de l’action gouvernementale, particulièrement en matière de sécurité et d’organisation des élections. Selon eux, l’État demeure incapable de reprendre le contrôle de vastes portions du territoire dominées par des groupes armés, tandis que le processus électoral peine à progresser.
La coalition s’inquiète également des tensions entourant le Conseil électoral provisoire (CEP). Elle accuse l’exécutif de vouloir exercer un contrôle excessif sur l’institution électorale, notamment à travers la gestion du budget électoral et la nomination récente d’un directeur général perçu comme proche du pouvoir.
Dans ce contexte, les organisations signataires proposent l’instauration d’un exécutif bicéphale qu’elles présentent comme une solution susceptible de rétablir l’équilibre institutionnel et de garantir une transition crédible vers des élections démocratiques. Elles annoncent la préparation d’une feuille de route destinée à encadrer une éventuelle passation de pouvoir vers cette nouvelle architecture politique.
La déclaration adresse également des critiques au Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), auquel les signataires reprochent une attitude qu’ils jugent trop conciliante à l’égard des autorités en place. Ils invitent l’institution onusienne à favoriser le retour à l’ordre démocratique et au respect des normes électorales.
Enfin, la coalition prévient qu’en cas de maintien du pouvoir actuel au-delà de la date qu’elle considère comme l’échéance légale, elle appellera à une mobilisation nationale. « La rupture sera alors absolue », avertissent les signataires, affirmant vouloir poursuivre leur combat jusqu’à l’établissement d’un pouvoir qu’ils jugent légitime et représentatif de la volonté populaire.
Parmi les principaux signataires figurent notamment l’ancien sénateur Dieuseul Simon Desras, Me Annibal Coffy, des représentants de l’Accord Montana, de l’Initiative du 24 avril, de Debout Citoyen, ainsi que plusieurs plateformes politiques et organisations de la société civile.
