Quand la fierté haïtienne trouve encore un chemin : Tyler Perry et le symbole Barbancourt
Avocat, titulaire d’un Master en Administration Publique (MPA), d’un Master en Science du Développement et investisseur, Me Joab Thelot propose ici une réflexion profonde sur l’image d’Haïti, son déclin structurel et les signes persistants de son excellence.
Dans un contexte où Haïti est trop souvent réduite, sur la scène internationale, à ses crises politiques, à l’insécurité et à la précarité sociale, certains gestes, même discrets, prennent une portée immense. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’apparition du rhum Barbancourt dans le dixième épisode de la saison 2 de Beauty in Black, une série produite par Tyler Perry.
Ce choix, qui pourrait sembler anodin pour un public non averti, revêt une signification profonde pour les Haïtiens. Il s’agit bien plus qu’un simple placement de produit : c’est une reconnaissance implicite d’un savoir-faire, d’une tradition et d’une excellence qui traversent les siècles.
Barbancourt : bien plus qu’un rhum, un héritage national
Fondée au XIXᵉ siècle, la maison Rhum Barbancourt incarne une réussite rare dans l’histoire économique haïtienne. Elle symbolise la discipline, la continuité et la rigueur dans un environnement souvent marqué par l’instabilité.
Récompensé à plusieurs reprises sur la scène internationale, Barbancourt témoigne que Haïti n’a jamais cessé de produire de la qualité. À travers ses procédés artisanaux et son exigence constante, il rappelle que la première République noire n’est pas uniquement un espace de crise, mais aussi un territoire de création et d’excellence.
Dans un monde où l’image d’Haïti est trop souvent associée au chaos, cette reconnaissance agit comme une respiration. Elle rappelle une vérité essentielle : tout n’est pas ruine.
De la “Perle des Antilles” à une crise profonde
Dans sa réflexion, Me Joab Thelot s’inscrit dans la lignée de grands penseurs haïtiens qui ont tenté d’expliquer les causes profondes du déclin national.
La crise de gouvernance apparaît comme un facteur central. Depuis les années 1990, de nombreux dirigeants ont été critiqués pour leur absence de vision nationale, transformant l’État en instrument au service d’intérêts particuliers plutôt qu’en levier de développement.
La capture de l’État par des groupes restreints a également contribué à creuser le fossé entre les institutions et la population, fragilisant la légitimité de l’appareil étatique.
À cela s’ajoute une dimension culturelle importante : le rapport au leadership. Trop souvent, le charisme a été privilégié au détriment de la compétence, et les choix électoraux ont été guidés par l’émotion plutôt que par une vision à long terme.
Enfin, l’héritage colonial et les ingérences étrangères ont durablement entravé la construction d’un État souverain et stable.
L’hégémonie du provisoire : une lecture contemporaine
L’une des contributions majeures mises en avant par l’auteur est le concept d’« hégémonie du provisoire », développé par le Dr Ely Thélot.
Cette idée décrit une réalité profondément ancrée dans le fonctionnement de l’État haïtien : le provisoire n’est plus une exception, mais un système. Un système où rien ne se consolide, où tout reste fragile, improvisé et temporaire.
Cette culture empêche la continuité institutionnelle, freine le développement et favorise l’opportunisme au détriment de la vision.
Barbancourt : une preuve que tout n’est pas perdu
Et pourtant, malgré ce tableau préoccupant, Barbancourt demeure.
Sa longévité et son excellence démontrent qu’il est possible de construire des institutions solides en Haïti. Elles prouvent que la discipline, la rigueur et la vision peuvent survivre, même dans un environnement difficile.
Pour Me Joab Thelot, cette entreprise dépasse sa dimension économique : elle devient un symbole national, une forme de résistance culturelle et une source d’inspiration collective.
Une fierté à reconstruire
L’apparition de Barbancourt dans Beauty in Black ravive une fierté souvent étouffée. Une fierté rare, mais essentielle.
Elle invite à dépasser une simple analyse du déclin pour poser une question plus exigeante : Haïti est-elle prête à redevenir ce qu’elle a déjà été ?
Car, comme le souligne implicitement l’auteur, la renaissance d’un pays ne relève pas du hasard. Elle exige lucidité, courage et responsabilité collective. Elle suppose surtout une rupture avec la culture du provisoire au profit d’une vision durable.
Un message de reconnaissance
Aux dirigeants et artisans du rhum Barbancourt, Me Joab Thelot adresse un message clair : leur travail est un acte de résistance. Ils incarnent une part de la dignité haïtienne.
Et à Tyler Perry, il exprime sa gratitude pour avoir choisi de montrer une autre facette d’Haïti — une facette faite de qualité, d’héritage et d’excellence.
Dans un monde saturé d’images négatives, ce geste rappelle une vérité essentielle : Haïti n’est pas seulement une crise. Elle est aussi une promesse.
