
AU COIN DE LA PENSÉE
QUAND LA FOLIE DÉBORDE…
De jour en jour, l’intensité de la folie furieuse augmente dans tous les milieux haïtiens. Même dans la diaspora. Cette folie tapageuse est suffisamment armée pour casser les reins de l’impossible et battre le record de l’incroyable. Car tout est possible lorsqu’on ne s’appuie que sur les tranchantes glaives de la folie pour s’imposer par tous les moyens.
En Haïti, les tentacules de la folie n’ont pas de frontières. Elles envahissent les espaces de l’éducation, de l’économie, de la politique, de la culture, de la santé, des loisirs, de l’agriculture, du sport, de la justice, de la diplomatie, même de la famille. Ainsi, ces tentacules détournent irrésistiblement les balles de la sagesse, de la pudeur et de la moralité, tout en bouclant les couloirs du réparable.
De plus, les épineuses tentacules de la folie empoisonnent les terrains de la conscience et de la décence pour étouffer les « partisans de l’intégrité ». Ce point sensible a sa raison d’être sur ce tableau gris dans la mesure où, pour les chasseurs guidés par la folie consommée, les intègres représentent les principaux gibiers à abattre. La folie de l’or, la folie des dollars et la folie du pouvoir n’épargnent même pas les enfants, les vieillards et les handicapés. Pour cela, l’espoir risque de prendre un jour la forme d’une ravine sèche.
Cependant, personne n’a le monopole de la folie dans ce monde qui devient fou. Pas même le plus fou des fous d’un pays fou. À un certain niveau, des généraux de « l’armée de la folie débridée » se révèlent plus furieux que les lieutenants et les gendarmes sur le front des combats nuisibles.
La folie a son « propre monde » divisé en plusieurs catégories, dont la folie des grandeurs et la « folie du pouvoir » résultant d’une folie extrême qui se transforme parfois en folie aveugle. Une « folie destructrice » pour être plus précis. Pour éradiquer cette folie contagieuse, plusieurs vaccins sont nécessaires au « dispensaire politique haïtien » notamment où l’on enregistre une pléiade de dirigeants fous, aveugles, sourds et maladroits au superlatif.
Heureusement qu’on n’a jamais entendu parler de la « folie de la haine ». Compte tenu de l’épaisseur du « brigandagisme » sur le territoire dessalinien, certains pensent que la folie de la haine dirige peut-être en sourdine les pas de ceux qui, chez nous et ailleurs, s’accrochent à l’esprit du mal. Toutefois, nombreux sont ceux qui deviennent fous à force de cultiver la haine. Si la « folie de la haine » existe, l’enfer sera certainement la destination de ses adeptes.
Au rythme de la violence aveugle, des « sans foi ni loi » de ce pays déchiré ont même inventé la « folie de tuer » dans un terrifiant laboratoire du crime. Les inventeurs de cette « atroce folie » projettent aujourd’hui certains anciens films dans des salles de spectacle qui n’existent plus en Haïti :
« Et le vent apporta la violence »
« Koplan ouvre le feu à Mexico »
« Je vais, je tire et je reviens »
« Laisser tirer les tireurs »
« Et pour quelques dollars de plus »
« Le dernier jour de la colère ».
Indubitablement, la pire des folies, c’est celle que couvent cyniquement des détenteurs du pouvoir et des assoiffés de pouvoir. A cause de certaines ambitions malsaines qui ont enfanté chez nous une folie sans détour, des « pouvoiriens » de toutes les espèces croisent le fer chaque jour au sein de l’administration publique, dans les rues, sur les ondes, dans des réunions volcaniques, même dans le secteur des « autorités morales » (!). Du jamais vu depuis la fondation de cette nation. Quelle révoltante réalité !
Voilà le résultat lorsqu’on sème partout des épines. Ainsi, roulant à une vitesse vertigineuse sur un boulevard plus que cahoteux, Haïti risque de se retrouver un jour au carrefour de l’irréparable. Ce qui ouvre la porte à de choquantes interrogations dans les milieux bleu et rouge conscients de l’extrême gravité de l’heure.
Raymond Jean-Louis