Transition haïtienne : le RCMH alerte sur les risques d’une crise institutionnelle et électorale
Port-au-Prince, 5 juin 2026 – Dans un contexte marqué par l’aggravation de l’insécurité, les incertitudes entourant le processus électoral et les tensions observées au sein des institutions de l’État, le Rassemblement des Citoyens en Mouvement d’Haïti (RCMH) appelle à un renforcement de la cohésion institutionnelle et à une meilleure coordination des acteurs engagés dans la transition.
Dans une analyse consacrée à l’évolution de la situation nationale, l’organisation estime que les défis actuels mettent en péril trois piliers essentiels de la transition : la sécurité, la gouvernance institutionnelle et la crédibilité du processus électoral. Selon le RCMH, les divergences observées entre la Primature et le Conseil électoral provisoire (CEP), les difficultés dans les relations avec certains partenaires régionaux ainsi que les fluctuations de l’engagement international témoignent d’une gouvernance de transition confrontée à de sérieuses contraintes.
La sécurité, condition indispensable au succès de la transition
Pour le RCMH, la stabilisation sécuritaire demeure le principal défi auquel fait face le pays. L’organisation souligne que l’État éprouve encore de grandes difficultés à exercer une autorité effective sur l’ensemble du territoire national, en raison notamment de la présence de groupes armés dans plusieurs zones stratégiques.
Cette situation affecte directement le fonctionnement des institutions publiques, la circulation des personnes et des marchandises, ainsi que l’accès des populations aux services essentiels. Le document met particulièrement l’accent sur la nécessité de rétablir le contrôle des principaux axes routiers du pays, considérés comme un élément fondamental pour la continuité de l’action publique, le développement économique et l’organisation d’éventuelles consultations électorales.
Selon le RCMH, la libre circulation constitue aujourd’hui un indicateur déterminant de la capacité de l’État à restaurer son autorité et à assurer un environnement propice au retour à la stabilité.
Des fragilités institutionnelles préoccupantes
Le rapport met également en évidence les divergences institutionnelles observées dans la conduite de la transition. Selon le RCMH, les débats entourant le cadre électoral ainsi que les différends apparus entre la Primature et le Conseil électoral provisoire traduisent des difficultés de coordination susceptibles d’affecter l’efficacité de la gouvernance transitoire.
L’organisation estime que la stabilité institutionnelle repose sur une clarification des responsabilités de chaque acteur et sur le maintien d’un dialogue permanent entre les différentes composantes de l’État. À ses yeux, le renforcement des mécanismes de concertation demeure essentiel pour préserver la cohésion institutionnelle et favoriser l’aboutissement du processus de transition.
Le document souligne également l’importance du rôle joué par la CARICOM dans l’accompagnement de la transition haïtienne. Une détérioration durable des relations avec l’organisation régionale pourrait, selon le RCMH, réduire les possibilités de médiation politique et compliquer davantage la recherche de consensus entre les différents acteurs nationaux.
Par ailleurs, les changements observés au sein de certains partenariats internationaux introduisent un facteur supplémentaire d’incertitude dans un environnement déjà marqué par une forte instabilité.
Le défi de la crédibilité électorale
Le RCMH rappelle que l’organisation d’élections constitue l’objectif central du processus de transition. Toutefois, l’institution estime que la tenue de scrutins crédibles dépend de plusieurs conditions préalables, notamment l’amélioration de la sécurité, l’existence d’un consensus institutionnel et le rétablissement de la confiance entre les acteurs politiques.
Dans son analyse, l’organisation insiste sur l’importance de préserver l’indépendance fonctionnelle du Conseil électoral provisoire, qu’elle considère comme une condition essentielle à la crédibilité du processus électoral. Selon elle, la légitimité des futures élections ne dépendra pas uniquement du respect des procédures juridiques, mais également de la confiance que les citoyens et les acteurs politiques accorderont à l’institution électorale.
Le RCMH avertit qu’un désaccord prolongé entre les autorités exécutives et le CEP pourrait favoriser des contestations avant même la tenue des scrutins et alimenter une polarisation accrue du climat politique.
L’organisation souligne également que la sécurisation des centres de vote, le déploiement du matériel électoral et la libre circulation des électeurs sur l’ensemble du territoire demeurent des conditions indispensables à la réussite du processus.
Trois priorités pour éviter une aggravation de la crise
Face à ces défis, le RCMH identifie trois priorités stratégiques pour assurer le succès de la transition. La première consiste à rétablir la sécurité et l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national. La deuxième vise à renforcer la cohésion institutionnelle ainsi que la coordination entre les différentes instances impliquées dans la gouvernance de transition. Enfin, la troisième priorité concerne la consolidation de la crédibilité du processus électoral à travers l’indépendance des institutions électorales, la transparence du cadre juridique et la sécurisation effective du territoire.
L’organisation plaide pour une approche globale associant les autorités nationales, les acteurs politiques, la société civile ainsi que les partenaires régionaux et internationaux.
Pour le RCMH, la réussite de cette phase de la transition dépendra avant tout de la capacité collective des acteurs concernés à restaurer progressivement l’autorité de l’État, à renforcer la confiance entre les institutions et à créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections libres, crédibles et inclusives, ouvrant ainsi la voie au rétablissement durable de l’ordre constitutionnel et de la légitimité démocratique en Haïti.
