
Urgence carcérale en Haïti : Environ 6 000 détenus en attente de jugement, des conditions inhumaines dénoncées par Mme Kettly Julien
La situation carcérale en Haïti atteint un niveau critique en cette année 2025. Mme Kettly Julien, vice-présidente du conseil d’administration et directrice exécutive de l’Institut Mobile d’Éducation Démocratique (IMED), a tiré la sonnette d’alarme lors d’une interview exclusive accordée à Lakay Info509. Selon elle, le système pénitentiaire haïtien est au bord de l’implosion, avec des conditions de détention inhumaines et une justice paralysée.
Mme Julien révèle que la population carcérale, qui s’élevait à 12 000 détenus, a chuté à 7 500 après les récentes évasions massives dans plusieurs prisons, dont le Pénitencier national, la prison civile de Cabaret, et celles de Carrefour, Croix-des-Bouquets et Mirebalais. Cependant, derrière ce chiffre se cache une réalité alarmante : seulement 1 250 détenus ont été condamnés par un juge. Les 6 250 autres croupissent en détention préventive, parfois pendant des années, sans procès.
« Cette situation est le résultat d’un système judiciaire défaillant», dénonce-t-elle. « De nombreux commissaires du gouvernement ne distribuent pas les dossiers, faute de mécanismes clairs. La justice elle-même contribue à cette injustice. »
Au-delà des retards judiciaires, c’est la survie même des détenus qui est en jeu. Mme Julien alerte sur le manque criant de nourriture et d’eau dans les centres carcéraux. «Le dernier approvisionnement remonte à janvier», affirme-t-elle. La Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) peine à ravitailler les prisons, notamment à cause des routes bloquées et d’une logistique inefficace.
« La DAP achète tout à Port-au-Prince avant de redistribuer en province, ce qui est irréaliste dans le contexte actuel », explique-t-elle. Résultat : des détenus affamés, vulnérables, livrés à une détention qui frôle la torture.
Pour Mme Julien, il est urgent de repenser le système carcéral haïtien. «Les prisons devraient être des lieux de correction et de réinsertion, pas des mouroirs», insiste-t-elle. Elle appelle à une réforme profonde :
- Accélérer les procès pour réduire la détention préventive abusive.
- Décentraliser l’approvisionnement des prisons pour éviter les pénuries.
- Humaniser les conditions de détention, conformément aux droits fondamentaux.
«Ces personnes, qu’elles soient coupables ou non, méritent un traitement digne», conclut-elle. « Sinon, nous participons nous-mêmes à une forme de violence institutionnelle. »
Alors que la crise sécuritaire et politique persiste en Haïti, la situation des prisons reste un angle mort. Les révélations de Mme Kettly Julien soulignent l’urgence d’agir avant que cette bombe à retardement sociale n’explose. Les autorités haïtiennes et la communauté internationale seront-elles à l’écoute ?
Lakay Info509
contact@lakayinfo509.com
📞 +509 3706 8096
©️ Avril 2025. Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation préalable.