Haïti : l’inflation ralentit, mais l’économie reste en récession, alerte la BRH
Port-au-Prince, 27 septembre 2026. L’économie haïtienne reste prise entre deux dynamiques contradictoires. D’un côté, les pressions inflationnistes se sont légèrement desserrées et le marché des changes a affiché une relative stabilité. De l’autre, l’activité économique continue de reculer et les perspectives demeurent préoccupantes. C’est le constat dressé par la Banque de la République d’Haïti (BRH) dans sa note sur la politique monétaire pour le deuxième trimestre 2026.
La contraction de l’activité s’est toutefois atténuée. L’indice conjoncturel de l’activité économique a reculé de 0,6 % entre avril et juin 2026, contre une baisse de 2,7 % un an plus tôt. Sur les six premiers mois de l’année, le recul atteint 0,8 %, contre 2,6 % au premier semestre 2025. Cette amélioration relative reste insuffisante pour parler de reprise. La BRH anticipe encore une contraction de l’économie comprise entre 1,9 % et 1,5 % pour l’ensemble de l’année.
Si cette prévision se confirme, Haïti s’apprête à connaître une huitième année consécutive de contraction économique.
Une inflation en baisse, mais toujours très élevée
L’un des rares signaux favorables provient de l’évolution des prix. Après avoir atteint 21 % en avril, l’inflation annuelle est revenue à 18,9 % en juin. L’inflation sous-jacente s’est établie à 17,3 %.
Cette décélération est notamment liée à la relative stabilité du taux de change, à la baisse des prix des carburants et aux mesures de gestion de la liquidité prises par la BRH.
Au 30 juin, le taux de change s’établissait à 130,5279 gourdes pour un dollar américain. Pour la Banque centrale, la stabilité du marché des changes demeure un élément essentiel dans la maîtrise des pressions inflationnistes.
Mais la baisse de l’inflation ne doit pas être interprétée comme une baisse du coût de la vie. Les prix continuent d’augmenter, simplement à un rythme moins rapide. À 18,9 %, l’inflation reste suffisamment élevée pour peser lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages et les coûts des entreprises.
La BRH maintient le cap de la prudence
Dans cet environnement, la Banque centrale ne procède pas à un changement majeur d’orientation. Elle maintient une politique monétaire prudente et poursuit une gestion active de la liquidité.
Les taux de réserves obligatoires des banques commerciales restent fixés à 40 % pour les dépôts en gourdes et à 53 % pour ceux en devises. Les taux des bons BRH demeurent respectivement à 6 %, 8 % et 11,5 % pour les maturités de 7, 28 et 91 jours.
L’encours des bons BRH atteint 26 930 millions de gourdes et celui des obligations BRH 10 620,29 millions. La Banque centrale a également enregistré des interventions nettes à l’achat de 98,98 millions de dollars.
Les réserves internationales brutes assurent, de leur côté, une couverture de plus de sept mois d’importations.
Le paradoxe d’une économie qui se stabilise sans redémarrer
Les données monétaires montrent ainsi une certaine stabilisation, mais celle-ci ne se traduit pas encore par une relance de l’économie réelle.
Les créances nettes sur le secteur privé ont même légèrement diminué de 0,09 %. Le portefeuille de crédit totalise 238 993,72 millions de gourdes pour 77 787 prêts. Le ratio des prêts bruts sur les dépôts reste relativement faible, à 19,45 %.
Cette situation traduit notamment les difficultés persistantes du système financier à transformer l’épargne disponible en financement de l’activité productive, alors que les entreprises évoluent dans un environnement marqué par l’insécurité et l’incertitude.
Le crédit demeure en outre fortement concentré dans l’Ouest, qui représente 76,29 % du portefeuille. Le Nord arrive loin derrière avec 6,44 %, suivi de l’Artibonite avec 4,51 %. Le Nord-Ouest ne représente que 0,67 %.
Des finances publiques sous forte contrainte
La situation budgétaire constitue un autre point de fragilité. Les recettes fiscales ont atteint 51 259,44 millions de gourdes, alors que les dépenses budgétaires se sont élevées à 63 919,32 millions.
Les ressources totales ont atteint 126 053,42 millions de gourdes et les décaissements 133 776,68 millions. Entre octobre 2025 et juin 2026, le financement du déficit du Trésor par la BRH s’est établi à 32 635,3 millions de gourdes.
À cela s’ajoutent 68 019,93 millions de gourdes d’émissions nettes de bons du Trésor.
Ces chiffres montrent que la stabilisation monétaire intervient dans un contexte où les finances publiques continuent d’exercer une pression importante sur l’économie.
Le déficit commercial dépasse 1,18 milliard de dollars
La faiblesse de la production nationale apparaît également dans les échanges extérieurs. Au deuxième trimestre, Haïti a exporté pour 118,79 millions de dollars, contre 1 305,03 millions de dollars d’importations.
Le déficit commercial atteint ainsi 1 186,24 millions de dollars.
Les transferts de la diaspora constituent une source majeure de devises pour compenser ce déséquilibre. Ils ont atteint 1 307,62 millions de dollars sur le trimestre et 3 822,75 millions entre octobre 2025 et juin 2026.
Mais cette dépendance constitue également une vulnérabilité. La BRH prévient qu’un durcissement des politiques migratoires dans les principaux pays d’accueil des Haïtiens pourrait réduire ces transferts et diminuer l’offre de devises sur le marché national.
Les risques s’accumulent
Les perspectives économiques restent exposées à plusieurs chocs. Sur le plan interne, l’insécurité, les contraintes de mobilité et les tensions sur les finances publiques continuent de peser sur l’activité.
À l’extérieur, les tensions géopolitiques et une éventuelle hausse des prix des produits de base, particulièrement ceux de l’énergie, pourraient raviver les pressions inflationnistes. Les conditions climatiques constituent également un risque important pour l’offre alimentaire et les prix.
La combinaison de ces facteurs explique la prudence affichée par la BRH.
Le véritable défi : passer de la stabilité à la reprise
La situation décrite par la Banque centrale révèle finalement un paradoxe : Haïti semble parvenir à contenir certaines pressions monétaires alors que son économie productive reste en difficulté.
Le ralentissement de l’inflation, la relative stabilité de la gourde et le niveau des réserves internationales offrent des marges de stabilité. Mais ces éléments ne constituent pas, à eux seuls, une reprise économique.
Pour sortir durablement de la récession, le pays devra retrouver des conditions favorables à la production, à l’investissement, au commerce et à l’accès au crédit. Or, tant que l’insécurité, les difficultés de circulation, les contraintes budgétaires et les incertitudes externes persistent, la stabilisation monétaire risque de rester sans véritable effet de levier sur la croissance.
La BRH peut contenir les déséquilibres monétaires. La relance de l’économie, elle, nécessitera des réponses beaucoup plus larges.
James Poteau
