Joseph Jouthe appelle à une concertation nationale : quand le retour des anciens dirigeants ravive le débat sur leur propre bilan
L’ancien Premier ministre Joseph Jouthe revient dans le débat public avec un appel à une prise de conscience collective face à la crise qui secoue Haïti. Dans une déclaration publiée ce mardi 20 octobre 2026, l’ancien chef du gouvernement préconise une concertation nationale pour favoriser une sortie de crise. Une intervention qui remet également en question la responsabilité de ceux qui, après avoir exercé le pouvoir sans parvenir à redresser la situation, se présentent aujourd’hui comme porteurs de solutions.
Face à la détérioration du climat sécuritaire et à l’impasse politique, Joseph Jouthe estime qu’une réflexion collective s’impose pour permettre au pays de retrouver une perspective de stabilité. L’ancien locataire de la Primature sous la présidence de Jovenel Moïse appelle les différents acteurs nationaux à dépasser leurs divergences pour privilégier des initiatives concrètes, guidées par le sens des responsabilités et l’intérêt général.
Dans cette perspective, l’ancien ministre de l’Environnement défend l’organisation d’une concertation nationale représentative, assortie d’un calendrier précis. Cette démarche devrait, selon lui, aboutir à des engagements vérifiables concernant la protection de la population, la neutralité de l’appareil étatique et la transparence du processus électoral. Il insiste également sur la nécessité de tenir compte des aspirations des citoyens, particulièrement ceux qui subissent directement les conséquences de la crise.
Joseph Jouthe évoque par ailleurs l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021, et réaffirme l’importance de faire toute la lumière sur ce crime. Il souligne également la nécessité pour les institutions publiques de répondre aux attentes des familles éprouvées par la violence, notamment en matière de justice et de protection.
Des propositions qui n’effacent pas les responsabilités du passé
Si cette nouvelle prise de position traduit une volonté affichée de contribuer au débat national, elle soulève une interrogation fondamentale sur le rôle des anciens dirigeants dans la situation actuelle du pays.
Premier ministre de mars 2020 à avril 2021, Joseph Jouthe a lui-même dirigé le gouvernement durant une période marquée par une insécurité préoccupante, des tensions politiques persistantes et une fragilisation progressive de l’autorité publique.
Dès lors, son appel à une mobilisation collective ne saurait être examiné indépendamment de son passage aux affaires. La question ne consiste pas à lui contester le droit de s’exprimer, mais à rappeler que les responsabilités exercées hier doivent également faire l’objet d’un examen critique aujourd’hui.
Cette problématique concerne une bonne partie de la classe politique haïtienne. Plusieurs personnalités ayant occupé des fonctions décisionnelles reviennent régulièrement sur la scène publique avec de nouvelles propositions, alors que leur propre gestion demeure sujette à de nombreuses interrogations.
Dans un contexte où l’insécurité continue de bouleverser la vie quotidienne, où des milliers de familles sont contraintes d’abandonner leur domicile et où les perspectives électorales restent étroitement liées au rétablissement de l’ordre public, les citoyens attendent davantage que des déclarations d’intention.
L’appel de Joseph Jouthe pose ainsi une double exigence : celle d’une mobilisation nationale pour sortir de l’impasse, mais aussi celle d’une véritable reddition de comptes de la part des anciens détenteurs du pouvoir.
Car la reconstruction d’Haïti ne peut reposer uniquement sur les recommandations de ceux qui ont autrefois dirigé le pays. Elle exige également que les échecs du passé soient reconnus, examinés et assumés. Avant de se présenter en donneurs de leçons, les anciens responsables doivent pouvoir répondre de leur propre bilan.
La rédaction
