Kenscoff sous les balles : la photo de deux ministres qui suscite l’indignation
Alors que la population de Kenscoff est confrontée à une nouvelle offensive meurtrière des groupes armés, une photo montrant deux membres du gouvernement Alix Didier Fils-Aimé dans une attitude jugée particulièrement déplacée provoque de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Il s’agit de Pelicka Saint Jean, ministre à la Condition féminine, vêtue de blanc, et de Stéphanie Smith, ministre du Tourisme, habillée en noir.
La publication de cette photo intervient dans un contexte particulièrement dramatique. Au même moment, des habitants de Kenscoff sont confrontés à la violence des gangs armés, plusieurs familles vivent dans la peur et des victimes sont signalées à la suite des attaques. Pour de nombreux observateurs, l’image de deux membres du gouvernement affichant une telle proximité et une apparente insouciance contraste brutalement avec la réalité vécue par les populations victimes de la violence.
Un contraste qui choque
Ce qui choque n’est pas simplement la présence des deux ministres sur une photo. C’est surtout le contexte dans lequel cette image est perçue. Alors que des familles cherchent à échapper aux balles, que des habitants abandonnent leurs maisons et que Kenscoff est plongée dans l’angoisse, l’attitude affichée par deux responsables gouvernementales peut difficilement passer inaperçue.
La fonction ministérielle impose certes une vie privée, mais elle implique également une responsabilité publique permanente. Dans un pays où la population réclame quotidiennement davantage de solidarité et de leadership face à l’insécurité, les responsables de l’État sont naturellement soumis à un niveau d’exigence plus élevé.
Où est passée la responsabilité morale ?
La question que soulève cette photo dépasse donc les deux personnalités concernées. Elle renvoie à une interrogation plus large sur la capacité des dirigeants haïtiens à mesurer la profondeur de la crise que traverse la population.
Pendant que des citoyens de Kenscoff cherchent à survivre, le gouvernement est attendu sur sa capacité à protéger les vies, à reprendre le contrôle des territoires et à apporter une réponse concrète aux populations abandonnées face aux groupes armés.
Dans ces circonstances, chaque image publique d’un responsable de l’État est scrutée. Une photo peut sembler anodine dans un autre contexte, mais prendre une tout autre signification lorsqu’elle apparaît au moment où une population entière traverse un drame.
Les victimes attendent des actes
Les habitants de Kenscoff n’attendent pas seulement des discours de compassion. Ils veulent des résultats, de la sécurité et la possibilité de vivre sans craindre d’être tués dans leur propre maison.
La photo des deux ministres ne doit donc pas être transformée en procès de leur vie privée. Mais elle pose une véritable question politique : quelle image les membres du gouvernement doivent-ils renvoyer à une population qui, chaque jour, paie le prix fort de l’insécurité ?
Au-delà de l’indignation suscitée par cette image, c’est surtout l’urgence d’une réponse ferme et visible de l’État face aux groupes armés qui demeure. Car pendant que certains responsables semblent profiter d’un moment de légèreté, des familles haïtiennes, elles, pleurent leurs morts et cherchent simplement à rester en vie.
Crédit photo : Radio Makandal Haïti
La rédaction
