PetroCaribe : Jocelerme Privert apporte des éclaircissements sur les 4 milliards de dollars et les fonds utilisés sous son administration
Par la rédaction de Lakay Info 509
L’ancien président provisoire Jocelerme Privert apporte des précisions sur la gestion des fonds PetroCaribe, notamment sur les ressources générées par le programme, les engagements financiers hérités par son administration et les décaissements effectués sous son gouvernement avec le Premier ministre Enex Jean-Charles. Ses explications visent à éclairer le débat sur les milliards de dollars associés à ce mécanisme de financement et sur leur utilisation en Haïti.
Les 2,4 milliards de dollars consacrés au financement des projets
Selon Jocelerme Privert, les quelque 4 milliards de dollars évoqués dans le débat autour de PetroCaribe correspondent au volume des achats de produits pétroliers effectués dans le cadre de l’accord avec le Venezuela. Sur cette somme, environ 40 %, soit 1,6 milliard de dollars, étaient payés immédiatement, tandis que les 60 % restants, représentant 2,4 milliards de dollars, relevaient du financement différé.
D’après l’ancien président, plusieurs projets réalisés en Haïti sous les administrations de René Préval et de Michel Martelly ont été financés à partir des ressources générées par ce mécanisme. Il souligne ainsi la nécessité de distinguer le montant total des achats pétroliers des ressources issues du financement différé et utilisées pour soutenir différents projets.
Ces 2,4 milliards de dollars ne constituaient pas un don intégralement versé au gouvernement haïtien. Le mécanisme reposait sur des conditions de financement différé assorties d’obligations financières.
Ce que l’administration Privert-Jean-Charles a hérité
Concernant la situation financière dont il a hérité en 2016, Jocelerme Privert affirme qu’environ 34 millions de dollars étaient disponibles, alors que les engagements financiers à honorer avoisinaient 192 millions de dollars.
Selon sa présentation, son administration devait donc composer avec des ressources disponibles limitées au regard des obligations laissées par les engagements antérieurs. Cette situation devait être prise en compte dans les décisions relatives à la poursuite des projets et aux paiements à effectuer.
L’ancien président évoque également les décaissements réalisés pendant son mandat. Selon ses explications, environ 15 millions de dollars ont été décaissés, tandis qu’une somme d’environ 19 millions de dollars restait à la fin de son administration.
Ces chiffres, tels que présentés par Jocelerme Privert, permettent de comprendre sa lecture de la situation financière du fonds au cours de son passage au pouvoir. Ils doivent être distingués des engagements hérités, des montants autorisés pour des projets et des sommes effectivement versées aux entreprises chargées de leur exécution.
Treize projets concernés par les décisions de 2016
Sous le gouvernement de Jocelerme Privert et d’Enex Jean-Charles, une résolution adoptée le 28 septembre 2016 a autorisé des prélèvements pouvant atteindre 33 268 729 dollars américains pour treize projets.
Les projets concernés comprenaient notamment la réhabilitation de la route Cayes-Jérémie, l’axe Petite-Rivière de Nippes–Petit-Trou de Nippes, la route Colladères–Cerca-Carvajal, la route Jacmel–La Vallée, la route Meyotte–Frères, ainsi que des travaux sur la route de Frères et le viaduc Delmas–Nazon.
L’enveloppe prévoyait également des financements pour la Villa d’Accueil, le marché de Grande-Rivière-du-Nord, le lycée national François Capois de Chansolme, des travaux d’urbanisme à Chansolme et le front de mer du Cap-Haïtien.
Jocelerme Privert présente ces décisions comme faisant partie des démarches entreprises pour poursuivre des projets déjà engagés. Il convient toutefois de distinguer l’autorisation d’utiliser des fonds du décaissement effectif de ces ressources. Une résolution autorisant une enveloppe financière ne signifie pas automatiquement que la totalité de la somme a été transférée, payée ou dépensée.
Pour comprendre l’utilisation des fonds, il faut donc examiner séparément les montants autorisés, les sommes effectivement décaissées, les paiements réalisés et les travaux exécutés.
Des projets réalisés, mais des questions légitimes sur les coûts
Selon Jocelerme Privert, les ressources issues de PetroCaribe ont contribué au financement de plusieurs projets sous les administrations de René Préval et de Michel Martelly. Cette réalité, qu’il met en avant dans ses explications, ne signifie pas pour autant que les coûts de ces projets ne peuvent pas être questionnés.
Les citoyens sont en droit de demander combien les infrastructures ont réellement coûté, si les travaux correspondent aux montants engagés, quelle est leur qualité et quels bénéfices ils ont apportés à la population.
La réalisation d’un projet ne suffit pas, à elle seule, à démontrer que toutes les dépenses étaient justifiées. De même, des interrogations sur les coûts ne permettent pas de conclure que l’ensemble des fonds a été détourné ou dilapidé.
L’examen de chaque projet doit permettre de distinguer les sommes prévues, les montants dépensés et les résultats effectivement obtenus.
Peut-on affirmer que tous les fonds ont été dilapidés ?
Jocelerme Privert conteste l’idée selon laquelle la totalité des fonds PetroCaribe aurait été dilapidée. Il met en avant les projets financés au fil des différentes administrations et les ressources mobilisées pour leur réalisation.
Sa position invite à distinguer les sommes consacrées aux projets, les fonds effectivement décaissés et les résultats obtenus. Elle n’écarte cependant pas les interrogations sur la gestion des ressources publiques, le coût des infrastructures ou l’utilisation précise des montants engagés.
Le débat sur PetroCaribe ne devrait donc pas se limiter à affirmer que tout a été correctement géré ou, à l’inverse, que tout a été perdu. Il importe de comprendre les décisions prises sous chaque administration et d’examiner les résultats au regard des ressources mobilisées.
En définitive, les explications de Jocelerme Privert apportent sa lecture de la situation financière héritée en 2016, des décaissements effectués sous son administration et des projets financés grâce aux ressources de PetroCaribe. Il est légitime de questionner le coût réel des projets et la gestion des fonds publics. Mais affirmer que la totalité des ressources a été dilapidée sans tenir compte des projets financés ne permet pas de rendre compte de l’ensemble des éléments avancés par l’ancien président.
Par Paul Loiseau
