Sécurité : le CARDH alerte sur un possible recul de la stratégie offensive de la PNH et appelle à des mesures urgentes

Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) tire la sonnette d’alarme face à ce qu’il considère comme un risque réel de renversement de la stratégie offensive engagée par la Police nationale d’Haïti (PNH) dans la lutte contre les groupes armés. Dans une note récente, l’organisation met en évidence une série d’incidents sécuritaires préoccupants survenus au cours des dernières semaines, révélateurs d’une fragilisation des acquis enregistrés sur le terrain.
Parmi les faits marquants évoqués figurent les attaques enregistrées dans le Bas-Artibonite dans la nuit du 28 au 29 mars 2026, à Seguin entre le 13 et le 14 avril, ainsi que dans la Plaine du Cul-de-Sac le 19 avril. À cela s’ajoute une recrudescence des cas de kidnapping, notamment dans la commune de Delmas, autrefois considérée comme relativement plus stable. Le CARDH souligne également un phénomène inquiétant : certaines zones dites « vertes », jugées sécurisées, basculent progressivement vers des zones « jaunes », synonymes de vulnérabilité accrue.
Ce constat intervient dans un contexte particulièrement délicat. L’organisation attire l’attention sur la transition en cours entre la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) et la Force de Répression des Gangs (FRG). Le retrait progressif des contingents kenyans, qui participaient activement aux opérations de sécurisation, risque selon elle de créer un vide opérationnel à court terme. En parallèle, les perspectives électorales et les luttes de pouvoir alimentent une dynamique complexe où s’entremêlent enjeux politiques et criminalité.
Face à cette situation, le CARDH appelle à une mobilisation urgente et coordonnée. L’organisation exhorte en premier lieu les États partenaires, notamment les États-Unis, le Canada, le Mexique et la France, ainsi que les institutions multilatérales telles que le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), l’Organisation des États américains (OEA) et la Communauté caribéenne (CARICOM), à intensifier leurs efforts dans le déploiement effectif de la force internationale d’appui à la sécurité.
Au niveau national, le CARDH invite les autorités politiques regroupées au sein du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), ainsi que les entités techniques et opérationnelles comme la PNH et les Forces armées d’Haïti (FADH), à adopter une posture plus proactive. Il insiste également sur le rôle des collectivités territoriales, notamment les mairies et les CASEC, dans l’adaptation des stratégies locales de prévention et de gestion des risques.
Enfin, l’organisation appelle la population à redoubler de vigilance et à collaborer étroitement avec les forces de l’ordre, dans une approche de sécurité partagée.
Le CARDH invite par ailleurs à consulter son rapport intitulé « Massacre à Jean Denis : Nécessité d’un cadre juridique d’urgence et de nouvelles stratégies pour protéger la population », publié le 1er avril 2026, qui propose des pistes concrètes pour faire face à la détérioration de la situation sécuritaire.
Dans un climat où les avancées restent fragiles, cet appel à l’action résonne comme un avertissement : sans ajustements rapides et une coordination renforcée, les efforts consentis pour reprendre le contrôle de certains territoires pourraient être compromis.
