Mission à Washington et relance des projets publics : Sandra Paulemon fixe le cap

Dans une interview accordée au Le Nouvelliste, la ministre de la Planification et de la Coopération externe, Sandra Paulemon, est revenue sur sa récente mission à Washington, réalisée dans le cadre des réunions de printemps du Fonds monétaire international, ainsi que sur l’état d’avancement des projets publics en Haïti.
Dès l’entame, la ministre a tenu à préciser le sens de ce déplacement stratégique. Selon elle, il ne s’agissait pas d’une simple présence diplomatique, mais d’une démarche visant à repositionner Haïti comme un interlocuteur crédible auprès de ses partenaires financiers. Elle affirme avoir porté un message clair : le pays ne sollicite pas de compassion, mais un partenariat aligné sur ses priorités nationales.
Sur le plan des retombées, Sandra Paulemon évoque des avancées à la fois politiques et stratégiques, marquées notamment par la relance d’un dialogue de haut niveau avec plusieurs partenaires. Elle insiste sur la nécessité de mettre fin à une coopération fragmentée au profit d’une approche plus cohérente, pilotée par l’État haïtien. Dans cette dynamique, le ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) entend reprendre pleinement son rôle de coordination du développement.
Interrogée sur le cadre de coopération, la ministre reconnaît son existence et son fonctionnement, tout en soulignant les limites actuelles liées à un manque d’alignement et de pilotage. Elle affirme vouloir recentrer les décisions sur les priorités définies en Haïti, au bénéfice direct de la population.
Concernant le portefeuille de projets, la ministre adopte une approche prudente. Plutôt que de mettre en avant des chiffres, elle privilégie une démarche technique visant à distinguer les projets réellement financés, ceux prêts à l’être, et ceux nécessitant une restructuration. Une position qui s’inscrit dans une volonté de rompre avec les pratiques d’affichage au profit d’une gestion rigoureuse.
Toutefois, Sandra Paulemon reconnaît sans détour que les taux de décaissement et d’absorption restent insuffisants. Elle pointe du doigt plusieurs obstacles persistants, notamment les lourdeurs administratives, les faiblesses institutionnelles, le manque de coordination et le contexte sécuritaire. À cela s’ajoute, selon elle, une culture de gestion parfois défaillante, qu’elle entend corriger par l’instauration de règles plus strictes et de responsabilités clairement définies.
Dans cette perspective, le MPCE travaille à transformer les priorités gouvernementales en projets concrets, structurés et suivis. Des avancées sont signalées dans des secteurs clés tels que les infrastructures, l’accès à l’eau, l’aménagement du territoire et la relance économique locale. La ministre insiste sur un principe fondamental : une priorité sans projet reste un discours, tandis qu’un projet sans exécution demeure un simple dossier.
Un processus de réalignement des investissements publics a également été engagé afin de mieux correspondre aux orientations du gouvernement. Cette démarche s’accompagne d’une reprise en main du portefeuille des projets, intégrant notamment des outils numériques, un suivi renforcé et une meilleure coordination avec les ministères sectoriels.
Par ailleurs, un audit express a permis d’identifier des blocages, des lenteurs et des fonds insuffisamment mobilisés. Pour la ministre, cet exercice ne doit pas rester théorique, mais servir de levier pour débloquer les projets et améliorer l’efficacité de l’action publique.
S’agissant des projets à impact immédiat, développés notamment en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement, plusieurs domaines prioritaires ont été ciblés, dont les services de base, les infrastructures et la relance territoriale. L’objectif affiché est d’obtenir des résultats visibles dans des délais raisonnables.
Enfin, Sandra Paulemon met en avant des réformes structurantes en cours, telles que la mise en place d’un registre des ONG, le développement d’une plateforme numérique pour les projets d’investissement public et l’introduction d’indicateurs d’impact. Autant d’initiatives visant à renforcer la transparence, la traçabilité et la responsabilité dans la gestion publique.
À peine un mois après sa prise de fonction, la ministre affirme sa volonté de réorganiser en profondeur le pilotage du développement en Haïti. Entre contraintes réelles et ambitions affirmées, elle défend une ligne directrice claire : transformer les priorités nationales en résultats concrets pour la population, tout en rétablissant la confiance des partenaires internationaux.
