BRH : dollar difficile d’accès, transferts en dollars payés en gourdes, les défis majeurs du nouveau Conseil
L’installation du nouveau Conseil d’administration de la Banque de la République d’Haïti (BRH), présidée mercredi 19 août 2026 par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, intervient dans un contexte économique marqué par de nombreuses difficultés liées à l’accès aux devises. Si les autorités affichent leur volonté de renforcer la stabilité financière et macroéconomique, la question du dollar demeure l’un des principaux défis auxquels la banque centrale devra apporter des réponses concrètes.
Nommé par arrêté pris en Conseil des ministres le 11 août 2026, le nouveau Conseil d’administration intérimaire est composé de Ronald Gabriel, Gouverneur, Guerly Leriche, Gouverneur adjoint, Florient Jean Mari, Directeur général, ainsi que Michèle Delerme et Edwige Jean, membres.
Lors de la cérémonie d’installation, le Premier ministre a fixé plusieurs priorités à la nouvelle équipe, notamment ramener l’inflation à un niveau à un chiffre, consolider la stabilité financière et macroéconomique, moderniser le système national de paiement et faire avancer le projet de marché financier.
Mais derrière ces objectifs macroéconomiques se pose une préoccupation quotidienne pour une partie de la population : l’accès au dollar reste difficile alors que plusieurs dépenses importantes continuent d’être libellées en devises américaines.
Selon plusieurs témoignages, certaines banques continueraient de limiter les transactions en dollars à 100 dollars par jour. Des clients affirment ainsi rencontrer des difficultés lorsqu’ils souhaitent retirer ou effectuer certaines opérations en espèces avec leurs propres fonds en dollars.
À cette situation s’ajoute le problème des transferts internationaux. Des bénéficiaires rapportent que des transferts envoyés en dollars sont payés en gourdes, ce qui les oblige ensuite à rechercher des dollars pour répondre à certaines obligations financières.
Cette réalité devient particulièrement contraignante alors que les loyers et certains services sont encore payés en dollars. Une personne qui reçoit son transfert en gourdes peut donc se retrouver dans l’obligation d’acheter ensuite des dollars pour régler son loyer, payer certains services ou honorer d’autres engagements.
L’écart entre le taux appliqué au paiement des transferts et celui auquel les bénéficiaires peuvent acheter des dollars constitue également une source de préoccupation. Selon plusieurs témoignages, il faut parfois disposer de jusqu’à 10 gourdes supplémentaires par dollar par rapport au taux utilisé par le bureau de transfert pour parvenir à acheter un dollar.
Cette différence représente une charge supplémentaire pour les ménages, particulièrement pour ceux qui dépendent régulièrement des transferts de la diaspora. Elle alimente également les interrogations sur le fonctionnement du marché des changes et sur la disponibilité réelle des devises dans le circuit formel.
Le paradoxe est ainsi de plus en plus visible : les transferts en provenance de l’étranger continuent d’alimenter l’économie haïtienne en dollars, mais les bénéficiaires ne disposent pas toujours directement de ces devises.
La nouvelle équipe dirigeante de la BRH devra donc composer avec cette réalité tout en poursuivant les objectifs annoncés par le gouvernement. La stabilité financière ne se limite pas aux indicateurs macroéconomiques. Elle concerne également la capacité des citoyens et des entreprises à accéder aux devises nécessaires à leurs activités.
Dans ce contexte, plusieurs questions méritent des réponses claires. La limite de 100 dollars évoquée par certains clients relève-t-elle d’une directive de la BRH ou de décisions internes à certaines banques ? Pourquoi des transferts envoyés en dollars sont-ils réglés en gourdes ? Quelles mesures peuvent être prises pour réduire l’écart entre le taux appliqué aux transferts et celui pratiqué lors de l’achat de dollars ?
Le nouveau Conseil devra également relever le défi de la communication publique, une priorité explicitement évoquée par le Premier ministre. Une information claire sur les règles applicables aux transactions en devises pourrait contribuer à réduire les incompréhensions et à renforcer la confiance des usagers dans le système bancaire.
Alors que le gouvernement souhaite ramener l’inflation à un niveau à un chiffre et consolider la stabilité macroéconomique, la question de l’accès au dollar demeure donc incontournable. Pour les ménages comme pour les entreprises, les difficultés liées aux devises ont des conséquences directes sur le coût de la vie, les transactions commerciales et la capacité à honorer certaines obligations.
L’installation du nouveau Conseil d’administration marque ainsi le début d’une nouvelle étape pour la BRH. Au-delà des priorités annoncées, les attentes sont particulièrement fortes sur le terrain : améliorer l’accès aux devises, clarifier les mécanismes de paiement des transferts en dollars et apporter des réponses aux restrictions dénoncées par plusieurs clients.
Pour la nouvelle équipe, l’un des principaux défis sera précisément de faire en sorte que les objectifs de stabilité financière annoncés se traduisent également par une amélioration concrète de l’accès aux dollars pour les usagers du système financier haïtien.
La rédaction
