Haïti adopte un nouveau décret pour encadrer les activités minières
Le gouvernement haïtien a franchi une étape importante dans la régulation du secteur extractif avec la publication, dans le journal officiel Le Moniteur, du décret régissant les activités minières. Paru dans le numéro spécial du lundi 30 mars 2026, ce texte ambitieux vise à moderniser, structurer et renforcer la gouvernance des ressources minières du pays.
Adopté en Conseil des ministres, ce décret s’inscrit dans la continuité des réformes engagées par les autorités, notamment dans le cadre du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections du 21 février 2026. Il remplace en grande partie les dispositions devenues obsolètes, tout en intégrant des mécanismes adaptés aux réalités économiques et environnementales actuelles.
Un encadrement renforcé du secteur minier
Le nouveau cadre légal introduit des obligations strictes pour les titulaires de permis d’exploration et d’exploitation. Parmi celles-ci figurent l’obligation d’élire domicile en Haïti, de matérialiser les périmètres miniers par des bornes officielles, et de désigner un responsable technique pour superviser les travaux.
Le texte confère également un rôle central à l’Autorité Minière Nationale (AMN), chargée du contrôle, de la supervision et de la régulation du secteur. Cette institution pourra intervenir en cas de manquement, imposer des mesures correctives ou même suspendre des activités présentant des risques pour la sécurité publique ou l’environnement.
Un régime fiscal détaillé et structuré
Le décret établit un régime fiscal spécifique aux activités minières et de carrières. Celui-ci comprend plusieurs types de prélèvements, dont :
• Les droits fixes d’instruction et d’octroi des titres miniers ;
• Les redevances superficiaires annuelles calculées selon la superficie exploitée ;
• Les redevances sur l’extraction, communément appelées « royalties » ;
• Une taxe sur la rente minière et un droit minier spécial au profit des collectivités territoriales.
Les taux de taxation varient selon la nature des substances extraites. Par exemple, les métaux précieux sont soumis à une redevance de 4 %, tandis que certaines pierres précieuses peuvent atteindre 5 %. Des pénalités sont également prévues en cas de retard de paiement, pouvant aller jusqu’à la fermeture des sites d’exploitation.
Des garanties économiques et des obligations environnementales
Le texte garantit aux investisseurs la libre importation d’équipements, la libre exportation des produits miniers et la possibilité de transférer des fonds à l’étranger, sous réserve du respect des obligations fiscales. Toutefois, ces avantages s’accompagnent d’exigences strictes en matière de transparence, de sécurité et de respect des normes environnementales.
Les exploitants sont notamment tenus de prévenir les risques liés à leurs activités, de sécuriser les zones dangereuses et de respecter les règles d’hygiène et de salubrité. L’AMN dispose d’un pouvoir étendu pour contrôler les opérations et imposer des sanctions en cas de non-conformité.
Sanctions et recours prévus
Le décret prévoit un régime de sanctions dissuasif. Les infractions les plus graves, telles que l’exploitation sans permis ou la falsification de titres miniers, peuvent entraîner des amendes allant jusqu’à cinq millions de gourdes. Des mécanismes de recours administratif et judiciaire sont également prévus pour garantir les droits des opérateurs.
Entrée en vigueur et dispositions transitoires
Selon les dispositions finales, le décret entrera en vigueur six mois après sa publication. Des mesures transitoires sont prévues pour permettre aux titulaires de permis existants de se conformer au nouveau cadre légal ou de continuer sous certaines conditions avec leurs conventions antérieures.
Parmi les signataires figurent plusieurs membres du gouvernement, dont le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi que des ministres clés tels que Joseph Almathe Pierre Louis et Sandra Paulemon.
Vers une meilleure gouvernance des ressources naturelles
À travers ce décret, les autorités haïtiennes affichent leur volonté de mieux encadrer l’exploitation des ressources naturelles, tout en attirant des investissements responsables. Ce nouveau cadre juridique pourrait marquer un tournant pour le secteur minier en Haïti, longtemps critiqué pour son manque de transparence et de régulation.
La rédaction
